Quels secteurs et quelles technologies façonneront le développement de l’humanité dans les prochaines décennies ? C’est une question que posent les grandes économies du monde. La Chine et le Royaume-Uni, deux principaux pays en matière de dépenses de R&D, ont récemment dévoilé leurs plans de développement pour les industries du futur, traçant ainsi la feuille de route de la croissance pour la prochaine décennie.

Le professeur Prokar Dasgupta, chirurgien urologue de renommée mondiale, réalise une opération de téléchirurgie à distance à l’aide du système robotique Toumai depuis The London Clinic, le 4 mars 2026.
En examinant leurs choix stratégiques et leurs flux de capitaux, on observe non pas une compétition technologique à somme nulle, mais deux modèles d’innovation fondés sur des atouts économiques différents. Saisir cette logique industrielle est essentiel pour les entreprises multinationales qui cherchent à anticiper les grandes tendances.
Ces dernières années, la Chine et le Royaume-Uni ont mis en place des cadres politiques pour les industries du futur. Le Royaume-Uni a lancé sa Modern Industrial Strategy en juin 2025, tandis que la Chine a publié début 2024 les Avis sur la promotion de l’innovation et du développement des industries du futur, et clairement inscrit leur déploiement dans son 15e Plan quinquennal (2026-2030).

Le secrétaire d’État britannique au Travail et aux Retraites Pat McFadden, chausse une paire de lunettes Ray-Ban Meta AI en compagnie d’Amy Tegerdine, spécialiste de l’expérience produit chez Meta, lors d’une visite à King's Cross, à Londres, le 2 février 2026.
Les priorités politiques affichent un large consensus dans la fabrication avancée, les nouveaux matériaux, les énergies nouvelles, le numérique et la santé. Par ailleurs, les deux pays accordent une grande importance à la recherche de rupture. Cependant, un examen plus attentif révèle des différences notables : le Royaume-Uni met davantage l’accent sur les services, reflétant ainsi une différence structurelle fondamentale – les services représentent 85 % du PIB britannique, contre 55 % en Chine.
Ce contraste, ancré dans les réalités économiques respectives, s’observe encore davantage au niveau des filières. Par exemple, dans les énergies nouvelles, le Royaume-Uni capitalise sur ses atouts naturels en se concentrant sur l’éolien offshore flottant, tandis que la Chine mise sur la prochaine génération de technologies solaires. Plus frappant encore, la Chine identifie les « espaces du futur », notamment les grands fonds marins et l’espace lointain, comme axes prioritaires, manifestant une vision ambitieuse d’exploration des frontières inconnues.

À l’intérieur du transformateur Tongle de 500 kV, un robot d’inspection intelligent 5G + quantique et du personnel de maintenance effectuent une inspection à Chuzhou (Anhui), le 25 novembre 2025.
Dans le détail des secteurs prioritaires, le Royaume-Uni privilégie les secteurs créatifs, les services financiers, l’IA, les technologies quantiques et l’industrie pharmaceutique ; la Chine se concentre sur les semi-
conducteurs, les matériaux supraconducteurs, les interfaces cerveau-machine et la fabrication flexible. Clairement, le Royaume-Uni tend à utiliser les technologies émergentes pour renforcer ses avantages existants, tandis que la Chine cherche à déclencher la prochaine vague de transformation économique par des percées technologiques disruptives.
Ces orientations stratégiques doivent être soutenues par des investissements conséquents. L’intensité de R&D, c’est-à-dire les dépenses de R&D en pourcentage du PIB, est un indicateur clé de l’engagement d’un pays en faveur de l’innovation.
Ces vingt dernières années, l’intensité de R&D de la Chine n’a cessé de croître, et ses récents documents politiques promettent une hausse de 7 % de ses dépenses en la matière. Le Royaume-Uni a également pris des engagements majeurs à augmenter ses investissements en recherche. Mais ce qui différencie les deux pays, c’est la répartition des flux financiers.

Simulation d’un écosystème intégrant les modes routier et aérien de basse altitude au Centre d’essais de VE connectés et intelligents de Shaoguan (Guangdong), le 19 mars 2026
Au Royaume-Uni, les dépenses de R&D des entreprises présentent une particularité rare dans les pays industrialisés : le secteur manufacturier et les services y contribuent à parts presque égales. En 2024, le développement de logiciels a capté la plus grande part des dépenses de R&D des entreprises britanniques, avec une progression fulgurante ces dernières années. Cela confirme que le Royaume-Uni parie résolument sur l’IA et l’apprentissage automatique, une stratégie cohérente pour une économie très dépendante des services, qui cherche à adopter les technologies d’IA les plus susceptibles de remodeler la structure de la main-d’œuvre.
En Chine, grâce à la taille et à la croissance de son économie, les dépenses de R&D augmentent dans tous les secteurs depuis deux ans. Le secteur de la santé et des sciences de la vie mérite une attention particulière, considéré par les deux pays comme prioritaire. Le secteur pharmaceutique chinois bénéficie d’un soutien massif, qui ne provient pas seulement d’acteurs locaux, mais aussi de capitaux étrangers. Ces dernières années, de nombreuses multinationales ont nettement accru leurs investissements dans l’innovation chinoise à un stade précoce. Par exemple, AstraZeneca et GSK, géants pharmaceutiques britanniques, ont récemment procédé à de nouveaux investissements majeurs en Chine. Cette synergie transnationale montre que l’évolution des industries du futur est un processus ouvert et interconnecté.
Malgré des modalités de mise en œuvre divergentes, la Chine et le Royaume-Uni partagent un large consensus sur certaines technologies clés qui façonneront l’avenir.
La Chancelière de l’Échiquier britannique, Rachel Reeves, a récemment annoncé un investissement de 2,5 milliards de livres sterling pour consolider le leadership britannique dans l’IA et les technologies quantiques. Ce montant dépasse les dépenses annuelles totales consacrées à la plupart des autres secteurs prioritaires.
Parallèlement, les technologies quantiques deviennent également le centre d’attention absolu des marchés financiers chinois. Les données montrent que le rythme des levées de fonds des startups quantiques s’est nettement accéléré, avec un afflux massif de capitaux. Actuellement, parmi les premières institutions financières à avoir déployé commercialement l’informatique quantique figurent HSBC (Royaume-Uni) et ICBC (Chine). Cela montre que les deux pays avancent au même rythme dans l’exploration commerciale des technologies de pointe.
Les récentes percées innovantes au Royaume-Uni confirment également cette tendance. Dans le dernier classement des dix principales futures licornes britanniques, établi par Sifted, un média en ligne spécialisé dans l’actualité des startups technologiques européennes, on trouve à la fois des sociétés de biotechnologie qui parviennent à réparer les dommages à l’ADN dus aux cancers, et des entreprises développant des logiciels d’IA pour la fabrication d’équipements lourds. Ces jeunes pousses intègrent profondément l’IA, et beaucoup visent à améliorer les services financiers. Cela confirme une fois de plus l’attrait durable de Londres en tant que centre financier mondial et la vision stratégique britannique consistant à intégrer profondément les technologies de pointe dans les services.
La Chine et le Royaume-Uni ont donc tous deux tracé des voies de développement claires pour les industries du futur avec des investissements massifs dans l’IA, les technologies quantiques et le secteur pharmaceutique. Si les choix stratégiques britanniques restent enracinés dans une économie de services, misant sur les logiciels et l’IA pour renforcer des avantages existants, la Chine préfère déclencher la prochaine vague de croissance par l’innovation de rupture. Le monde des entreprises doit bien comprendre que les différences dans les modalités de mise en œuvre sont le prolongement naturel des structures économiques respectives des deux pays.
*MORRISON CLEAVER est analyste politique au China-Britain Business Council.