
Des mouettes rieuses sur l’île de Chongshan, dans le bourg de Guangfu à Suzhou (Jiangsu), le 2 mars 2026
La rivière Chishui, qui traverse le Yunnan, le Guizhou et le Sichuan, est l’un des affluents majeurs du cours supérieur du fleuve Changjiang. Il y a dix ans, elle ployait sous la pollution, au point que certaines espèces de poissons frôlaient l’extinction. Pourtant, en juillet dernier, j’y ai découvert une eau cristalline, peuplée de poissons plus nombreux et plus gros qu’autrefois. La rivière serpente entre des montagnes majestueuses comme un chapelet de perles étincelantes.
Ce contraste saisissant témoigne des efforts déployés par les autorités pour restaurer ce milieu. Dès 2017, les petites centrales hydroélectriques et autres sources de dégradation ont été progressivement fermées, tandis qu’un moratoire de dix ans sur la pêche a été décrété. En décembre 2024, les 342 micro-barrages du bassin versant avaient déjà été démantelés.
Un exemple suffit à mesurer l’ampleur de cette renaissance : l’esturgeon du Yangtsé, déclaré éteint à l’état sauvage en 2022, ne s’était plus reproduit naturellement depuis 2000. En avril 2025, des chercheurs ont réintroduit vingt spécimens reproducteurs dans la rivière Chishui. Dès ce même printemps, ces poissons s’y sont reproduits avec succès, brisant plus de vingt ans de stérilité biologique.
La constance politique : clé de la réussite écologique
Aujourd’hui, la Chine maîtrise les techniques de restauration fluviale et dispose des financements nécessaires. Mais le secret de cette réussite réside dans une volonté politique inébranlable et une coordination sans faille des différents services administratifs concernés.
La rivière Chishui ne relève d’aucune juridiction provinciale unique : le coût du démantèlement des barrages a dû être réparti entre le Yunnan, le Guizhou, le Sichuan et les dizaines de districts riverains. Une telle coopération interrégionale demeure une gageure dans bien des pays, où les changements de gouvernements et les coupes budgétaires conduisent trop souvent à l’abandon brutal des projets.
Le véritable défi de la gouvernance environnementale ne réside donc pas dans la bonne volonté d’un gouvernement à un instant donné, mais dans sa capacité à pérenniser cette détermination au-delà des mandats, pour obtenir des résultats durables.
Le 15 août dernier, la Chine a apporté une réponse institutionnelle décisive avec l’entrée en vigueur de son Code écologique et environnemental. Deuxième code législatif du pays après le Code civil de 2020, ce texte de 1 242 articles marque un tournant majeur. Son application signifie que le marché national du carbone et les engagements climatiques internationaux de la Chine acquièrent une force juridiquement contraignante.
Plus significatif encore, ce code intègre dans la loi les pratiques qui ont fait leurs preuves. Le « système des chefs de rivières et de lacs », qui désigne des responsables spécifiques pour chaque cours d’eau, et les inspections environnementales menées au niveau central figurent désormais dans le droit national. La coopération interrégionale menée autour de la rivière Chishui cesse ainsi d’être une expérimentation locale pour s’inscrire durablement dans la volonté de l’État.

Des agents d’entretien ramassent les débris flottants et les plantes aquatiques à Wuhu (Anhui), le 12 mai 2024.
Sceller l’avenir par le droit
Si d’autres pays ont, eux aussi, codifié le droit environnemental, aucun n’a fait preuve, comme la Chine et malgré un appareil industriel colossal, d’une détermination aussi résolue pour refondre sa gouvernance écologique. Cette capacité à tenir le cap dans la durée et à exécuter sans faiblir demeure, à ce jour, sans équivalent.
Le code présente une singularité sans précédent : il consacre une partie entière au développement sobre en carbone, inscrivant l’économie circulaire, la transition énergétique et les marchés du carbone au cœur même du dispositif juridique environnemental.
Ce choix adresse un signal fort : la protection de la nature n’est plus la variable d’ajustement des ralentissements économiques, mais le moteur de la transition. Derrière cette vision se lit le précepte selon lequel « des eaux limpides et des montagnes verdoyantes valent autant que des montagnes d’or et d’argent » – preuve que croissance et écologie peuvent aller de pair.
À l’échelle de l’histoire de la gouvernance environnementale mondiale, la portée de ce code est plus profonde encore. Une déclaration est un engagement pris devant le monde ; un traité est un pacte conclu entre États ; un code, lui, représente la promesse solennelle qu’une nation fait à son propre avenir par la voie du droit.
Les résultats tangibles obtenus par la Chine illustrent cette ambition. Aujourd’hui, la qualité de l’air dans les villes chinoises atteint son meilleur niveau jamais enregistré. Depuis l’interdiction de la pêche, la biomasse piscicole du Changjiang a bondi de 200 %. Au premier semestre 2026, la part du charbon dans la production électrique est tombée pour la première fois sous la barre des 50 %. Enfin, depuis le début du siècle, près d’un quart des surfaces nouvellement verdies sur la planète l’ont été en Chine.
Le Code écologique et environnemental n’est pas à l’origine de ces évolutions, mais il leur offre une garantie institutionnelle plus solide, assurant que le développement vert ne fera jamais marche arrière.

Un agent enregistre des échantillons d’eau dans un laboratoire de surveillance de l’environnement à Chongqing, le 26 août 2026.
Offrir une perspective verte au monde
Dans un paysage économique mondial miné par l’incertitude, cette continuité politique revêt une importance cruciale pour les investisseurs du monde entier.
Une centrale solaire ou une usine de batteries exige des investissements de long terme, souvent étalés sur quinze à vingt ans. Or ce que redoutent le plus les investisseurs, ce n’est pas le coût, mais les revirements politiques : suppression de subventions, assouplissement des normes, ou encore revirements stratégiques. Ces dernières années, de nombreuses entreprises y ont été confrontées sur les marchés occidentaux.
Applicable à toutes les entreprises opérant en Chine, le Code écologique et environnemental fait passer la transition verte de simple orientation politique à réalité dotée d’une force juridique durable. Les fruits de cette « certitude » sont déjà visibles : le pays compte plus de 8 000 usines vertes de niveau national, dispose du plus vaste système de production d’électricité propre au monde et abrite le plus grand marché du carbone de la planète.
Pour les pays en développement, l’expérience chinoise démontre que l’essor industriel et la protection de l’environnement sont conciliables. Contrairement aux pays développés qui ont historiquement « pollué d’abord pour réparer ensuite », la Chine propose une voie alternative et pragmatique. Aujourd’hui, elle met cette expérience au service du reste du monde. Qu’il s’agisse des financements destinés à aider les pays en développement à faire face au changement climatique ou des équipements éoliens et photovoltaïques exportés à l’étranger, elle fournit aux chaînes d’approvisionnement mondiales de la stabilité et des perspectives claires.
La leçon que la Chine adresse au monde réside dans sa philosophie de gouvernance : face aux grands défis de long terme, seul le droit permet de garder le cap et de s’affranchir de l’inconstance des hommes. Ceux qui ont sauvé la rivière Chishui finiront par partir, mais la rivière continuera de couler. La responsabilité de la protéger, tout comme l’engagement durable de la Chine en faveur du développement vert, s’inscriront désormais dans la durée.
*ERIK SOLHEIM est ancien secrétaire général adjoint des Nations unies et ancien directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement.