
Vue de la ville de Nyingchi (Xizang), le 27 juillet 2026
Après sa libération pacifique en 1951, le Xizang a connu un développement prodigieux. Cette année, j’ai eu le privilège de visiter Nyingchi et Lhassa aux côtés d’experts et d’universitaires issus de dix pays. Ensemble, nous n’avons cessé de nous émerveiller devant la métamorphose de la région.
Du système féodal à la société moderne
Georg Vavra, historien autrichien, m’a confié qu’avant 1951, plus de 95 % de la population vivait sous le joug du servage ou de l’esclavage. Les femmes, exclues de la vie sociale et politique, ne pouvaient ni posséder de biens ni fréquenter l’école, tandis que des châtiments d’une cruauté extrême étaient monnaie courante.
Pour M. Vavra, la libération pacifique a marqué un tournant décisif et profondément humanitaire. Il m’a fait part de son incompréhension face à l’idéalisation de cette époque par certains pays occidentaux. Afin d’obtenir une évaluation objective, il conseille à chacun de mener ses propres recherches et, par-dessus tout, de se rendre directement en Chine.
L’historien a également énuméré plusieurs réalisations majeures accomplies depuis la fondation de la République populaire de Chine : l’espérance de vie est passée d’environ 35 ans à plus de 72 ans ; la scolarisation universelle est désormais quasi totale pour les filles comme pour les garçons ; et l’extrême pauvreté a été éradiquée. « Lorsque nous parlons des droits de l’homme dans le Xizang, nous devrions évoquer les droits les plus fondamentaux : le droit à la survie et au développement », souligne-t-il. À ses yeux, l’essor économique et la préservation de l’identité culturelle ne sont en rien incompatibles. La langue tibétaine est activement valorisée, et les hauts lieux culturels, tels que le palais du Potala, sont restaurés et protégés.

Des antilopes tibétaines paissent sur les prairies de Luquetang à Nagqu (Xizang), le 4 juillet 2026.
Des indicateurs éloquents de progrès social
Une espérance de vie doublée, une éducation pour tous : ces réalités m’ont profondément marqué. Le sociologue suisse Dominik Pietzcker a, quant à lui, attiré mon attention sur un autre indicateur majeur : la mortalité infantile.
« Entre 1951 et 2024, le taux de mortalité infantile est tombé de 430 à 4,32 pour mille », affirme-t-il. En d’autres termes, alors que près d’un nouveau-né sur deux mourait en bas âge autrefois, ce taux s’est effondré de 99 %, s’approchant des standards de l’Europe occidentale. Selon lui, cette performance découle des progrès conjoints de la santé, de l’éducation, de l’hygiène, des infrastructures et de la stabilité sociale. Sa conclusion est sans appel : « Seule une société hautement développée, ayant investi pendant des décennies dans ces domaines, peut atteindre un tel résultat. »
En l’espace de 75 ans à peine, la Chine a fait passer le Xizang d’une société médiévale à l’ère moderne. Le désenclavement du territoire constitue une œuvre titanesque, les ingénieurs ayant réussi l’exploit de construire une voie ferrée à 5 000 mètres d’altitude.
À l’instar de M. Vavra, M. Pietzcker a souligné les progrès fulgurants de l’éducation : alors que le taux d’analphabétisme avoisinait les 95 % avant 1951, le taux d’achèvement de l’enseignement obligatoire de neuf ans (primaire puis collège) a atteint 97,86 % en 2024, et un nombre croissant de jeunes femmes accèdent à l’enseignement supérieur. « L’éducation est sans conteste l’un des moteurs les plus puissants de la mobilité sociale et de l’indépendance individuelle », observe l’expert suisse.
Il insiste sur le fait qu’en trois quarts de siècle, le Xizang a connu « un développement spectaculaire, passant d’une société féodale à une région moderne, attachée à l’éducation et dotée d’infrastructures de premier plan ». Une métamorphose qui dépasse la simple croissance du PIB, se traduisant par la hausse de l’espérance de vie, le recul de l’analphabétisme, une solide couverture médicale et une mortalité infantile remarquablement basse à l’échelle internationale.

Dépistage gratuit des maladies cardiaques et orthopédiques organisé par la Fondation de la Croix-Rouge de Chine en association avec l’hôpital Heyou, dans le district d’Amdo, à Nagqu (Xizang), le 6 juin 2026
Des visages de la réussite
Les répercussions concrètes de ces avancées sur les familles ordinaires m’ont été racontées par mon interprète tibétaine Deji Baimu. Issu d’une famille de paysans montagnards, son père a pu suivre des études universitaires en mathématiques, avant de décrocher un master en Norvège, pour exercer aujourd’hui comme professeur de mathématiques. Sa mère travaille dans l’administration, tandis que ses grands-parents maternels étaient autrefois employés dans une entreprise de Lhassa.
Elle-même a bénéficié du développement du Xizang : après ses études secondaires à Beijing, elle a poursuivi un premier cycle universitaire à l’Université des Finances et de l’Économie de Shanghai, puis a obtenu un master au Royaume-Uni. Elle enseigne aujourd’hui l’économie à l’Université du Xizang.
Ayant choisi de retourner sur sa terre natale, elle se réjouit de pouvoir contribuer au développement de sa région, tout en envisageant de repartir prochainement en Norvège pour y préparer un doctorat. Son parcours m’a permis de saisir concrètement la notion de mobilité sociale évoquée par M. Pietzcker.
Intelligence artificielle, télédétection et perspectives d’avenir
Si MM. Vavra et Pietzcker se sont surtout penchés sur le passé et le présent, le professeur Timo Balz, de l’Université de Wuhan, tourne quant à lui son regard vers l’avenir.
Pour cet universitaire originaire de Stuttgart, l’éducation, le numérique et l’innovation technologique dictent la trajectoire future du Xizang. « Les infrastructures à elles seules ne sauraient garantir un développement de haute qualité », prévient-il. M. Balz rejoint ainsi une thématique centrale partagée par ses confrères : l’éducation. À l’ère de l’intelligence artificielle (IA), celle-ci doit être repensée : « La salle de classe de demain ne sera plus un lieu où l’on se contente d’accumuler des connaissances par mémorisation, mais un espace où l’on apprend à contester les algorithmes, à analyser les données et à aiguiser son esprit critique. »
Selon M. Balz, dans une région aussi vaste que le Xizang, les systèmes d’apprentissage propulsés par l’IA peuvent démocratiser l’accès au savoir jusque dans les zones les plus reculées. De plus, le développement de modèles d’IA intégrant le tibétain et les contenus culturels locaux favorisera grandement l’enseignement bilingue.
L’universitaire entrevoit également un immense potentiel dans les systèmes de télédétection, qui exploitent satellites, drones et aéronefs pour collecter des données sur la surface terrestre. Dans le Xizang, ces outils facilitent la surveillance des glaciers, des prairies et des zones de pergélisol, permettant ainsi d’anticiper les catastrophes naturelles.
Lorsqu’ils évoquent le développement du Xizang, MM. Balz, Vavra et Pietzcker parlent avant tout d’êtres humains concrets, bien plus que d’abstraites données économiques. Une approche à laquelle je souscris pleinement. À titre personnel, je crois avoir trouvé la clé de ce « miracle tibétain » : le travail acharné de millions de Chinois. Les observateurs désireux de comprendre véritablement le Xizang feraient bien de s’y rendre en personne, pour aller à la rencontre de ses habitants et nouer le dialogue avec eux.
*NILS BERGEMANN est un journaliste allemand.