Société

L'odyssée d'une victoire sur la pauvreté
By NILS BERGEMANN* | Dialogue Chine-France | Updated: 2026-07-02 17:28:00

À l’exemple du Xinjiang, le modèle chinois de développement représente une transformation sociale inédite qui a su conjuguer infrastructures stratégiques, solidarité interprovinciale et pragmatisme politique. 

Maisons traditionnelles ouïgoures sur la vieille rue d’Altun à Hami (Xinjiang), le 8 juin 2026 

Aujourd’hui, même les pays développés, autrefois modèles de prospérité, peinent à garantir à leurs populations un emploi stable, une retraite sereine et un avenir sûr. Pourtant, un pays, autrefois englué dans une pauvreté endémique, s’est hissé, en à peine un demi-siècle, au rang des grandes puissances économiques mondiales. Son parcours est une source d’inspiration universelle.

J’ai découvert la Chine au milieu des années 1980, lors d’un voyage avec mes parents. À l’époque, l’austérité dominait : les vêtements étaient d’une grande simplicité et la plupart des citadins logeaient dans des espaces exigus. Pour la majorité des Chinois, le concept de « loisir » n’existait pas, et manger de la viande restait un luxe réservé aux grandes occasions.

Quarante ans plus tard, le paysage a radicalement changé. Les aînés, qui ont usé leur vie aux champs ou à l’usine, portent sur leurs visages les stigmates des épreuves passées, mais leurs regards reflètent désormais une sérénité et une fierté nouvelles. Ils ont bâti l’avenir de leurs descendants et ont été les acteurs d’une métamorphose sociale unique dans l’histoire de l’humanité. La pauvreté n’est pas une fatalité, encore moins une condamnation. En choisissant la voie juste, on peut la vaincre ; la Chine en est la preuve vivante.

Le Xinjiang, vitrine d’une réussite spectaculaire 

La région autonome ouïgoure du Xinjiang, où les Ouïgours constituent le groupe ethnique majoritaire, incarne parfaitement ce succès. Longtemps perçue comme une « contrée frontalière reculée », elle est aujourd’hui devenue un carrefour logistique incontournable entre la Chine et l’Europe. Depuis le lancement des trains de fret Chine-Europe en 2011, plus de 100 000 convois ont transité par les deux grands ports terrestres de Khorgos et d’Alashankou. Rien qu’en 2025, plus de 18 000 trains de fret ont franchi ces postes, soit plus de la moitié des échanges ferroviaires entre la Chine et l’Europe, et la capacité de transport continue de croître.

En Chine, la prospérité se veut partagée. Des millions de personnes sont sorties de la pauvreté par leurs propres efforts, accédant à une vie de moyenne aisance.

Ailijang Tu’erxun en est la parfaite illustration. À la tête d’une coopérative de noix et de jujubes, ce père de trois enfants a vu, grâce à son audace entrepreneuriale, le revenu annuel de sa famille bondir de 50 000 à 220 000 yuans. Les noix à coque fine de son exploitation sont savoureuses et se vendent plus cher une fois décortiquées ; il songe d’ailleurs à acquérir une machine à décortiquer automatisée. Il caresse un projet plus vaste encore : distribuer les brochettes de viande de sa région dans toute la Chine, en commençant par Shanghai et Beijing.

De même, Alimu Aosiman, artisan sculpteur sur bois, a transformé son modeste atelier en une entreprise florissante, entraînant ses voisins dans son sillage en leur transmettant son savoir-faire, assurant ainsi une stabilité financière à tout son village.

Ce succès repose sur une politique clairvoyante : permettre à certains de s’enrichir en premier afin de guider les autres vers la prospérité. Dans ce processus, les compétences se diffusent, les expériences se partagent, et un écosystème de développement se tisse progressivement. Les parcours de ces gens ordinaires reflètent l’ampleur des progrès accomplis au Xinjiang : fin 2020, plus de 3,06 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en étaient sorties. Depuis, l’écart entre zones rurales et urbaines ne cesse de se réduire, la population à faible revenu a considérablement diminué, et la dynamique de développement ne s’est jamais ralentie.

La Chine avance à grands pas, sans pour autant sacrifier sa diversité. Dans le Xinjiang, la culture ouïgoure palpite à chaque coin de rue : dans l’effervescence des bazars, la gaieté des chants et des danses, et la finesse de l’artisanat traditionnel. Ses habitants, chaleureux et passionnés, trouvent dans la danse une expression éclatante de leur vitalité. La culture n’est pas seulement un patrimoine ; elle est aussi un levier économique. Or, le développement touristique redoute avant tout l’uniformité. Le Xinjiang possède des atouts inimitables : son pain nang croustillant, ses brochettes d’agneau parfumées sont des trésors gustatifs que peu de régions au monde peuvent égaler.

Conditionnement des abricots blancs pendant la saison des récoltes à Kuqa (Xinjiang), le 4 juin 2026 

« Transfusion » et « autosuffisance » : la solidarité comme moteur 

L’aide apportée par les provinces développées aux régions moins avancées dépasse la simple solidarité fraternelle : c’est un investissement à long terme destiné à transformer les conditions de vie locales et à bâtir l’avenir.

Ce modèle repose sur une synergie tripartite : la construction d’infrastructures, l’implantation industrielle et le soutien ciblé à l’emploi. Depuis les années 1990, la Chine a massivement investi dans la construction de chemins de fer, de routes, d’autoroutes, de ports, d’aéroports et d’écoles à tous les niveaux. Cet effort colossal a désenclavé des territoires reculés, leur ouvrant l’accès aux marchés, à l’éducation et aux opportunités. Sur cette base, les provinces et municipalités développées apportent un soutien continu aux régions moins favorisées via un mécanisme de jumelage, leur fournissant financements, formations professionnelles et expertise. Des études montrent que ce modèle a joué un rôle crucial dans l’essor économique du Xinjiang.

Prenons l’exemple d’Urumqi. Ville phare de la Route de la Soie et plaque tournante du fret vers l’Europe, elle donne à l’industrialisation locale une valeur stratégique considérable. En renforçant la formation professionnelle et en valorisant les talents locaux, la région gagne en attractivité aux yeux des investisseurs internationaux.

Une prouesse historique aux leçons universelles 

En cinquante ans, plus de 800 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté. Cette réussite est le fruit des efforts conjoints de toute la population, mais aussi d’une politique ciblée : investissement dans les infrastructures, approfondissement des réformes et élargissement de l’ouverture.

C’est également la plus grande contribution jamais apportée à la cause mondiale de l’éradication de la pauvreté : la Chine représente à elle seule plus de 70 % des personnes sorties de la pauvreté dans le monde durant cette période. Il est pourtant regrettable que les recherches en anglais sur Internet concernant la « réduction de la pauvreté en Chine » n’offrent qu’une documentation étonnamment pauvre. Une question passionnante mériterait pourtant d’être débattue : une telle prouesse, d’une ampleur inédite, nécessite-t-elle un État fort ? Et si oui, quelles qualités cet État doit-il posséder ?

À mon sens, ce n’est que lorsque les fonctionnaires sont compétents, dévoués et soucieux du bien-être public que le gouvernement peut exercer une régulation macroéconomique efficace. Cela exige une sélection rigoureuse des talents et leur affectation aux postes les plus adaptés. L’efficacité d’une politique se juge à ses résultats – les dividendes de la croissance doivent bénéficier à la population dans son ensemble, et non à une minorité privilégiée. C’est exactement ce que fait la Chine : en s’appuyant sur une stratégie de lutte ciblée contre la pauvreté, des millions de cadres se sont déployés dans les zones rurales pour identifier ses causes profondes, trouver les solutions adaptées et, finalement, l’éradiquer.

Aujourd’hui, la pauvreté a reculé et les inégalités sociales se sont réduites en Chine. Ce n’est pas un hasard, mais le fruit des politiques appliquées. La Chine adopte une stratégie combinant l’aide à court terme et le développement à long terme : d’un côté, elle apporte un soutien ciblé – relogement des populations, envoi de professionnels sur le terrain et allocation de matériel ; de l’autre, elle mise sur l’amélioration des infrastructures de transport et l’ouverture de voies de communication vers l’extérieur. L’idée centrale est qu’« il vaut mieux apprendre à quelqu’un à pêcher que de simplement lui donner du poisson ». Par sa pratique, la Chine démontre que le respect du bon sens, la pensée systémique et l’approche pragmatique sont des voies de développement efficaces.

*NILS BERGEMANN est enseignant au département d’allemand de la Faculté des langues étrangères de l’Université de commerce international et d’économie (UIBE).

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