Société

Le dépassement des divergences sur les droits de l'homme
By HUSSEIN ASKARY* | La Chine au présent | Updated: 2026-07-02 16:09:00

Face à une vision occidentale jugée déconnectée des réalités, la Chine propose de recentrer le débat humanitaire autour d’un impératif : le droit au développement pour tous. 

Des universitaires africains visitent un parc des technologies agricoles à Jinhua (Zhejiang), le 23 mai 2026. 

La question des droits de l’homme figure à l’ordre du jour de la communauté internationale depuis des décennies. Pourtant, leur définition et leur interprétation restent contestées. Sont-ils véritablement universels, c’est-à-dire valables pour toutes les sociétés à tout moment ? Ou dépendent-ils des réalités politiques, sociales, économiques et culturelles, ainsi que des processus historiques, des normes et des étapes de développement propres à chaque société ?

Lors du Séminaire Chine-Europe sur les droits de l’homme, tenu à Paris en juin dernier, plusieurs chercheurs ont mis en garde contre l’emploi du terme « universel », qui, trop souvent, dissimule une vision occidentale cherchant à imposer sa propre définition et son interprétation de ces droits. Bien que guidées par de nobles intentions, certaines déclarations des Nations unies sur les droits de l’homme, à commencer par la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948, posent en effet question.

Premièrement, la plupart des États-nations actuels n’étaient pas représentés à l’époque, puisqu’ils se trouvaient encore sous le joug du colonialisme occidental. Deuxièmement, bien que les puissances occidentales aient contribué à façonner d’importants systèmes de gouvernance mondiale – comme en Europe le Traité de paix de Westphalie en 1648, qui a posé pour la première fois les principes de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale et de non-ingérence – cela n’a pas empêché les puissances impérialistes de mener de nouvelles guerres. La Charte des Nations unies de 1945, élaborée principalement par les grandes puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale pour conjurer le spectre des conflits mondiaux, est aujourd’hui reconnue par tous les pays comme la pierre angulaire de la gouvernance mondiale. Or, elle est régulièrement sapée par certaines grandes puissances qui placent leurs intérêts stratégiques au-dessus du droit international. Les récents conflits à Gaza en sont une illustration tragique. Ces constats montrent que l’autorité des règles internationales n’est pas acquise ; il importe à la fois de les défendre et de les rendre plus inclusives.

La 80e Assemblée générale des Nations unies se tient sous le thème « Mieux ensemble : 80 ans et plus pour la paix, le développement et les droits humains », au siège de l’ONU à New York, le 9 septembre 2025. 

Le droit au développement 

Pour résoudre ce dilemme et garantir une coexistence pacifique dans un monde complexe, les nations doivent s’accorder sur certains principes fondamentaux tout en respectant leurs spécificités sociales, culturelles, historiques

et économiques.

Une voie prometteuse consiste à définir des priorités pour l’humanité, fondées sur la conviction partagée que la nature humaine est créative et orientée vers le bien commun. L’universalité devrait ainsi découler de nos besoins humains les plus profonds. Elle peut aussi se construire progressivement : un droit accepté par toutes les sociétés ou nations à un stade donné de leur développement peut alors être considéré comme un droit humain fondamental.

Le droit au développement est l’un de ces droits universels. La Déclaration sur le droit au développement, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 1986, stipule dans son préambule que « le développement est un processus global, économique, social, culturel et politique, qui vise à améliorer sans cesse le bien-être de l’ensemble de la population et de tous les individus, sur la base de leur participation active, libre et significative au développement et au partage équitable des bienfaits qui en découlent ». Elle appelle également la communauté internationale à créer les conditions favorables à la réalisation de ce droit.

De fait, la dignité humaine ne peut être préservée sans être d’abord libérée de la faim, de la pauvreté et du manque d’accès aux services essentiels tels que l’assainissement, l’eau potable, l’électricité, l’éducation et les soins de santé. Cette idée rejoint celle du président américain Franklin D. Roosevelt, qui avait érigé en 1941 la « liberté de vivre à l’abri du besoin » dans son fameux discours des « quatre libertés ». La Déclaration de Philadelphie, adoptée par l’Organisation internationale du travail en 1944, a, quant à elle, jeté les bases d’un programme ambitieux de droits sociaux et économiques d’après-guerre, affirmant que « tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales ». Ce texte novateur appelait déjà au plein emploi, à l’amélioration des niveaux de vie, à des salaires équitables et à une protection sociale adéquate, grâce à une action concertée à la fois nationale et internationale. La Charte des Nations unies, ratifiée en 1945, a scellé cet engagement en inscrivant parmi ses quatre objectifs principaux la nécessité de « recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples ».

Approche scientifique du Parc agricole de Fuzhao, dans le district de Zhaojue (Sichuan), le 11 septembre 2020 

L’apport exemplaire de la Chine 

En 2021, la Chine a célébré une victoire historique : l’éradication de l’extrême pauvreté, accomplissant ainsi son objectif du premier centenaire. En l’espace de quatre décennies, 800 millions de personnes ont été sorties de la pauvreté, un exploit sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Cette réussite est non seulement un triomphe pour le peuple chinois, mais aussi une contribution précieuse pour le monde, et particulièrement pour les pays du Sud global. Ouverte et généreuse, la Chine aspire à partager les fruits de son progrès afin de construire ce qu’elle nomme « une communauté de destin partagé pour l’humanité ».

Le préambule de la Déclaration sur le droit au développement appelait à « créer un nouvel ordre économique mondial ». L’initiative « la Ceinture et la Route » constitue aujourd’hui la plateforme la plus concrète et la plus avancée pour y parvenir. La Chine met au service de cette initiative une capacité industrielle et technologique inédite pour développer les infrastructures, moderniser l’agriculture et l’industrie à travers le monde, tout en renforçant les programmes d’éducation et de formation professionnelle avec les pays en développement.

Il est crucial de souligner que ces 800 millions de Chinois, désormais sortis de la pauvreté, contribuent activement au développement et au bien-être de milliards d’autres êtres humains. La dignité humaine ne se limite pas à la satisfaction des besoins primaires – se nourrir, se vêtir, se loger. L’accès à ces droits fondamentaux, indissociables de l’éducation, permet à chaque individu de développer pleinement ses facultés créatrices. C’est précisément cette créativité qui nous distingue des autres espèces vivantes. Ainsi, l’être humain cesse d’être un récepteur passif pour devenir un créateur actif, capable d’engendrer de nouvelles richesses dans les sciences, la technologie, la culture, les arts, l’agriculture ou l’industrie.

Au-delà d’une vision uniformisée des droits de l’homme 

Le développement des droits de l’homme est un processus dynamique en constante évolution. En Occident même, ces droits ne sont pas apparus comme un ensemble figé, mais se sont forgés progressivement au fil de l’histoire. De la même manière, la Chine a engagé de nombreuses réformes successives dans ce domaine, adaptant ces droits aux réalités nouvelles nées de son propre développement économique et social. L’inscription en 2004, à l’article 33 de la Constitution, de la clause « l’État respecte et préserve les droits de l’homme » a marqué un engagement solennel de la Chine envers les normes internationales et la volonté de ses institutions d’harmoniser les lois nationales avec les principes des droits de l’homme.

La leçon essentielle du Séminaire Chine-Europe sur les droits de l’homme est claire : il n’existe pas de « solution universelle » prête à l’emploi. Au contraire, les nations doivent œuvrer ensemble, dans le dialogue et le respect mutuel, pour rapprocher leurs visions sur des questions aussi cruciales que les droits humains, la gouvernance et le développement.

*HUSSEIN ASKARY est vice-président du Belt and Road Institute en Suède.

Numéro 27 janvier-mars 2026
APN&CCPPC 2026
Quand le monde rencontre Jungar
De Paris à Wuhan : un rendez-vous gagnant-gagnant
Bleu : lorsque la poésie chinoise contemporaine fait de l'intime un langage universel
Liens