Société

Des plateaux parisiens aux salons pékinois
By MIYA BENDAOUD, membre de la rédaction | Dialogue Chine-France | Updated: 2026-07-02 17:34:00

Parti en Chine pour quelques mois, le coiffeur français Laurent Falcon y a trouvé un nouveau terrain d’expression professionnelle. Quinze ans plus tard, il dirige sa propre enseigne à Beijing et partage toujours son temps entre la coiffure et la transmission du métier. 

Laurent Falcon coiffe une cliente chinoise dans son salon. 

Derrière les projecteurs des plateaux de télévision, des shootings photo et des grandes productions musicales françaises, ce professionnel de l’ombre a longtemps façonné l’image des stars. Johnny Hallyday, Tina Turner, Hélène Ségara, Jean-Luc Reichmann ou encore Jean-Pierre Foucault sont tous passés entre les mains expertes de Laurent Falcon. Responsable de la création coiffure de la comédie musicale Roméo et Juliette, puis impliqué dans plusieurs autres spectacles à succès, il a vécu des années au rythme des tournées. Pourtant, une ambition plus profonde l’anime depuis ses débuts. « Ce que je voulais vraiment faire, c’était transmettre le métier. » Au début des années 2010, lorsqu’il s’envole pour participer à un projet de formation à Shanghai, il table sur un simple intermède de quelques mois. Le projet va finalement redessiner toute sa vie.

Des scènes parisiennes à Shanghai 

Après l’obtention de son CAP puis de son brevet professionnel, Laurent Falcon poursuit sa carrière dans la coiffure et rejoint progressivement les grandes enseignes françaises. Il travaille notamment avec Franck Provost, d’abord dans la formation puis dans les activités liées aux studios, aux émissions de télévision et aux productions artistiques. À Paris, il partage son temps entre les séances photo, les plateaux télévisés et les spectacles, un univers où les journées commencent tôt et se terminent souvent tard.

Cette immersion dans le paysage de l’audiovisuel le conduit à collaborer régulièrement avec des animateurs phares, notamment Jean-Luc Reichmann et, dans un second temps, Jean-Pierre Foucault. Une proximité avec des personnalités connues qu’il gère avec un détachement salutaire. « Le fait de ne pas être impressionné m’a beaucoup aidé. »

Au début des années 2000, il rejoint l’aventure de Roméo et Juliette, l’une des comédies musicales françaises les plus populaires de son époque. Chargé de superviser l’ensemble de la création coiffure, il coordonne le travail des équipes et participe à la construction de l’identité visuelle des personnages. « J’étais responsable de toute la création coiffure, avec 45 personnes dans mon équipe. » Le spectacle tourne pendant plusieurs années en France et à l’étranger avant d’être suivi par d’autres productions, notamment Autant en emporte le vent.

Dans le spectacle, la coiffure dépasse largement le cadre du salon traditionnel. Il faut composer avec des perruques, orchestrer des transformations spectaculaires dans les coulisses et dompter des contraintes techniques pour faire évoluer le style en quelques minutes à peine. « On peut arriver avec une coiffure au début du spectacle et finir avec quelque chose de complètement différent. »

Malgré les paillettes et ses rencontres avec des icônes mondiales comme Johnny Hallyday ou Tina Turner, l’artisan reste viscéralement attaché à la formation. « Je voulais être un passeur de métier. Si on enseigne bien aux jeunes, ils feront de bons coiffeurs et auront un bon avenir. »

Au tournant des années 2010, après plusieurs années passées entre les tournées, les spectacles et les productions audiovisuelles, une opportunité inattendue se présente. Franck Provost le contacte pour participer au développement d’une école de coiffure à Shanghai. Au même moment, Alec, un ami d’origine chinoise rencontré plusieurs années auparavant dans le cadre de projets artistiques, prépare son retour en Chine. Les planètes s’alignent et la décision se prend en l’espace de quinze jours.

L’idée est simple, partir quelques mois, découvrir le pays et revenir en France. « Je voulais d’abord visiter le pays. » Il rejoint finalement Shanghai en 2011 sans imaginer que ce voyage va transformer le reste de son parcours.

Le salon de coiffure de Laurent Falcon (PHOTOS FOURNIES PAR LAURENT FALCON) 

Beijing, une carrière chinoise 

À son arrivée en Chine, le choc culturel et technique est total. Venu pour former des équipes locales et transmettre les méthodes acquises durant sa carrière, le coiffeur français réalise rapidement qu’il doit lui-même tout recommencer à zéro.

La première confrontation technique concerne la nature même du cheveu. Après des années passées à travailler principalement sur des cheveux européens, il découvre des textures, des réactions et des volumes différents. « Faire une coupe courte sur un cheveu asiatique, c’était presque recommencer mon apprentissage. Je suis deux fois plus rapide sur une Européenne que sur une Asiatique. » Il lui a donc fallu observer et s’adapter pour réussir à s’imposer.

Il découvre également un secteur où l’apprentissage repose largement sur la pratique quotidienne au sein des salons, les formations continues étant moins développées qu’en Europe. Même la relation client exige une réadaptation. En France, les clients arrivent souvent avec des références précises et une idée claire du résultat recherché. En Chine, les attentes sont parfois différentes et la profession de coiffeur fonctionne d’une autre manière.

Les mois passent et le retour en France est repoussé. Ce qui devait être une mission temporaire devient un projet de long terme. Après plusieurs années à Shanghai, Laurent Falcon se rend régulièrement à Beijing. L’atmosphère de la capitale lui plaît immédiatement. « Beijing, c’est plus traditionnel que Shanghai, plus chinois. » Là où Shanghai lui apparaît comme une métropole internationale tournée vers le commerce, Beijing lui offre un environnement dont il se sent plus proche.

Son installation dans la capitale marque une nouvelle étape. Il participe à plusieurs événements liés à l’univers du luxe et de la mode, notamment des défilés Chanel. Son expérience acquise en France et son statut de coiffeur étranger lui ouvrent de nouvelles opportunités. « Être un coiffeur étranger en Chine ouvre des portes énormes. »

Au fil des années, il développe ses propres projets et lance sa propre enseigne. Plusieurs salons voient le jour dans les quartiers les plus huppés de Beijing. Sa clientèle rassemble aussi bien des Chinois que des étrangers venus du monde entier. Diplomates, hommes d’affaires, étudiants et familles installées dans la capitale se croisent dans ses salons.

Cette diversité l’amène à travailler sur des types de cheveux très différents et à former ses équipes à une clientèle internationale. « J’ai formé la moitié des coiffeurs des salons de Sanlintun sur les cheveux d’étrangers. » Une expérience qui constitue un atout dans une ville aussi cosmopolite que Beijing.

Pour Laurent Falcon, si la technique reste importante, l’écoute et le conseil demeurent primordiaux. « Un bon coiffeur, c’est quelqu’un qui sait dire non. » Lorsqu’une demande s’avère irréalisable ou esthétiquement risquée, il considère qu’il appartient au professionnel de l’expliquer et de proposer une solution adaptée. Cette vision du métier reste au cœur de son travail comme de ses formations.

Les années passées en Chine transforment également son regard sur certaines situations. Arrivé avec des habitudes et des références françaises, il découvre progressivement d’autres façons d’aborder le quotidien, le travail et les relations humaines. « Au début, pour moi, tout était noir ou blanc, je ne connaissais pas les nuances. Avec le temps, certaines différences deviennent plus faciles à comprendre et à intégrer. »

Aujourd’hui, à la tête de ses salons, Laurent Falcon continue de conjuguer la formation et le développement de ses projets à Beijing. Parti pour quelques mois avec l’idée de découvrir un nouveau pays, il y a finalement construit une carrière et une vie. Une trajectoire qui l’amène à reconnaître avoir parfois « l’impression de moins comprendre les Français et de plus comprendre les Chinois ».

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