
Des visiteurs chinois et allemands au Centre allemand pour l’industrie et le commerce de Taicang
Lorsque Christopher Praetzas est arrivé à Taicang (Jiangsu) au début de l’année 2023 pour lancer une start-up spécialisée dans les technologies automobiles, il ne prévoyait d’y rester que quelques jours. Mais très vite, il a changé d’avis. « Dès notre arrivée à Taicang, nous avons constaté le formidable dynamisme de son économie », raconte cet ingénieur allemand.
Son parcours illustre une évolution plus large. Ce qui n’était au départ qu’un premier investissement allemand en 1993 est devenu le principal pôle industriel allemand en Chine, combinant concentration des entreprises, recherche appliquée et formation professionnelle.
Un pôle industriel allemand sur les rives du Changjiang
En 1993, Kern-Liebers, une entreprise familiale allemande spécialisée dans les composants de précision, est devenue la première société allemande à s’implanter à Taicang. Aujourd’hui, la ville accueille la plus forte concentration d’entreprises à capitaux allemands en Chine. Celles-ci représentent près de 8 % du PIB local. Les investissements cumulés dépassent les six milliards de dollars et plus de 90 % des premières entreprises implantées ont agrandi leurs activités au moins une fois, beaucoup l’ayant fait à trois reprises ou davantage. Parmi elles figurent plus de soixante « champions cachés », ces petites et moyennes entreprises qui occupent une position dominante sur des marchés de niche à l’échelle mondiale.
Le tissu industriel de Taicang repose principalement sur la fabrication de haute précision : composants automobiles, aéronautique, équipements intégrés et machines-outils. Plus de 600 entreprises privées locales collaborent désormais avec des sociétés allemandes au sein de la chaîne d’approvisionnement, tandis qu’un nombre croissant d’entre elles y ont installé leur siège régional ainsi que leurs centres de R&D.
En 2008, le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement et le ministère chinois du Commerce ont désigné conjointement Taicang comme première base de coopération sino-allemande pour les entreprises en Chine.
Pour Christopher Praetzas, dont la société CIT (Taicang) Automotive Technology Co., Ltd. développe des systèmes intégrés d’alimentation en air destinés aux véhicules électriques, le choix de s’installer à Taicang ne repose pas uniquement sur les politiques de soutien : « Nous avons été impressionnés par la vitalité économique de la ville et par un écosystème industriel déjà très mature. » Son entreprise bénéficie, dès son implantation, d’un réseau dense de fournisseurs et de partenaires potentiels.
Cette intégration de la chaîne d’approvisionnement est particulièrement visible dans le secteur automobile. Taicang a développé une filière complète couvrant les groupes motopropulseurs, les châssis, l’électronique et les carrosseries. Avec plus de 700 fournisseurs et une capacité à produire localement près de 70 % des composants d’un véhicule, la ville est devenue un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement chinoise des véhicules électriques.

Festival de la bière de Taicang-Rothenburg
Quand la recherche accompagne la production
Pendant des décennies, les industriels étrangers installés en Chine ont suivi un schéma bien établi : la conception à l’étranger, l’assemblage en Chine. À Taicang, cette logique évolue.
Plus de 95 % des entreprises allemandes de taille significative, selon la classification chinoise des grandes entreprises industrielles, disposent désormais d’activités locales de recherche et développement et appliquent directement leurs innovations au marché chinois. Près de 80 % disposent de leur propre centre de R&D dans la ville.
« Cette évolution reflète à la fois l’importance du marché chinois et ses capacités technologiques », explique Mo Zhenzhou, directeur du Bureau des sciences et des technologies de la Zone de haute technologie de Taicang. « La Chine possède un immense marché et une solide capacité de recherche. De plus en plus d’entreprises allemandes choisissent d’y ouvrir des centres de R&D, non plus seulement pour adapter leurs produits, mais pour en concevoir de nouveaux sur place. »
En septembre 2023, Taicang a officialisé un partenariat avec la Fraunhofer-Gesellschaft, première organisation européenne de recherche appliquée. Cette coopération permet aux entreprises locales de travailler avec plus de 70 instituts Fraunhofer sur des projets ciblés dans les domaines de la fabrication intelligente, des nouveaux matériaux et des nouvelles énergies.
Xu Yifei, membre du groupe dirigeant du Parti au sein du gouvernement municipal de Taicang et responsable de l’équipe municipale dédiée à l’innovation scientifique et technologique, voit dans cette coopération une nouvelle étape. « Les équipes d’experts de Fraunhofer ont déjà effectué plusieurs missions d’évaluation sur le terrain à Taicang. Nous construisons progressivement un nouveau modèle de coopération scientifique et technologique internationale, fondé sur la coordination des pouvoirs publics, la participation des entreprises et le soutien des institutions ». L’entreprise de Christopher Praetzas, qui a entièrement conçu son système central d’alimentation en air à Taicang, illustre cette évolution. Pour l’entrepreneur allemand, l’innovation passe avant tout par les talents : Taicang dispose d’un vivier remarquable de professionnels qualifiés.
La zone de développement industriel de haute technologie de Taicang abritant de nombreuses entreprises allemandes
Une main-d’œuvre formée selon les standards allemands
Le développement industriel et la recherche appliquée reposent sur une main-d’œuvre hautement qualifiée. Dès 2001, Taicang est devenue la première ville chinoise à introduire le système allemand de formation professionnelle en alternance, qui associe enseignement théorique et apprentissage en entreprise. Elle a créé le premier centre de formation chinois aligné sur les standards allemands ainsi que la seule base de démonstration sino-allemande du système dual reconnue par les Chambres de commerce allemandes à l’étranger (AHK).
Depuis, la ville a lancé le premier cursus universitaire chinois fondé sur ce système et élaboré la première norme locale du pays en matière de formation duale. Aujourd’hui, Taicang abrite le plus grand centre chinois d’examens et de formation aux qualifications allemandes. Plus de
10 000 techniciens et cadres y ont déjà obtenu une certification. Quinze plateformes de formation permettent désormais un parcours complet, des lycées professionnels jusqu’aux études universitaires, tandis qu’un nouveau parc industriel consacré à la formation duale propose des programmes couvrant l’ensemble des niveaux de l’enseignement professionnel.
« Nous collaborons directement avec les établissements professionnels locaux afin de concevoir des programmes adaptés à nos besoins techniques », explique Shen Yanzi, responsable des ressources humaines chez CIT (Taicang) Automotive Technology Co., Ltd. « Chaque année, ce partenariat nous permet de recruter une douzaine de techniciens déjà parfaitement opérationnels pour nos lignes de production. »
Dirigeant une équipe composée de collaborateurs chinois et allemands, Christopher Praetzas considère cette infrastructure de formation comme un véritable atout stratégique. « Taicang a développé de nombreux dispositifs de formation qui nous offrent un vaste réservoir de talents. »
Plus de trente ans après l’arrivée de la première entreprise allemande, Taicang est devenue un véritable écosystème manufacturier où concentration industrielle, recherche appliquée et formation des talents se renforcent mutuellement. Une combinaison qui continue d’attirer des entreprises et des entrepreneurs venus du monde entier, à l’image de Christopher Praetzas.
*WANG ZITENG est journaliste à China.org.cn.