Economie

Odyssée des puces
By ZHAO YANG, membre de la rédaction | Dialogue Chine-France | Updated: 2026-08-31 16:07:00

Portée par la dynamique de la ceinture économique du Changjiang, l’industrie chinoise des semi-conducteurs s’affirme sur la scène mondiale. 

Machine intelligente de traitement laser à grande vitesse et de haute précision de HGTECH 

Dans la Vallée de l’Optique, à Wuhan (Hubei), des ingénieurs en combinaison étanche s’affairent dans le laboratoire de Jiufengshan. Plus de 500 machines de fabrication avancées et une soixantaine d’instruments de contrôle de pointe y sont alignés au cordeau. Des centaines de projets de recherche y progressent en parallèle, où chaque réglage recèle le germe d’une mutation industrielle.

Depuis quelques années, Jiufengshan est le théâtre d’une effervescence technologique sans pareille. Ce site héberge une plateforme ouverte, dédiée à la recherche et au prototypage préindustriel, où les forces vives du secteur se conjuguent pour écrire un nouveau chapitre des semi-conducteurs chinois.

L’innovation en marche dans les entreprises 

« Cet équipement de découpe laser est capable de scinder des tranches de silicium plus fines qu’un cheveu humain. Sa précision de coupe et sa maîtrise de l’ébrèchement atteignent les sommets des standards internationaux », confie, non sans fierté, Huang Wei, directeur général de la ligne de produits semi-conducteurs chez HGTECH (Huagong Tech Company Limited).

Avec l’essor fulgurant de l’industrie des semi-conducteurs, la quête d’équipements de pointe est devenue une urgence absolue. La découpe laser, étape névralgique de la fabrication des wafers, conditionne directement le rendement et le coût des puces. L’équipe de R&D de HGTECH a consacré trois années à surmonter les difficultés techniques avant de mettre au point cette nouvelle génération d’équipements.

Toutefois, avant de conquérir le marché, un tel équipement doit se plier au feu des essais répétés en conditions réelles – un processus long et coûteux. C’est à cette étape cruciale que le laboratoire de Jiufengshan, fraîchement inauguré, est venu prêter main-forte. Les ingénieurs de HGTECH s’y sont installés et, en étroite coopération avec les chercheurs, ont reconstitué un environnement de production complet, de l’alimentation en gaz et en eau aux réglages opérationnels.

Après plusieurs mois de mise au point, la précision et la fiabilité de l’équipement ont atteint leur niveau optimal, décrochant ainsi le précieux sésame pour intégrer les lignes de production des plus grands fabricants : le rapport de certification officiel du laboratoire de Jiufengshan. Cet appareil est ainsi devenu le premier en Chine dont tous les composants essentiels ont été développés de manière autonome par l’équipe, apportant un appui déterminant au perfectionnement de la chaîne industrielle des équipements de semi-conducteurs.

« La recherche et la validation avancent de pair. Le cycle a été réduit d’au moins la moitié et la certification a renforcé la confiance des clients. Notre équipement de recuit laser pour wafers en carbure de silicium en a lui aussi bénéficié », souligne un responsable de HGTECH.

En l’espace d’une décennie, HGTECH a remplacé les importations par ses propres équipements laser et affiche 35 % de croissance annuelle à l’export. L’entreprise déploie activement sa stratégie concurrentielle dite « l’IA au service des produits et les produits au service de l’IA », pour étendre sa présence internationale.

La 21e édition du Salon international de l’optoélectronique s’ouvre dans la Vallée de l’Optique à Wuhan (Hubei), le 18 mai 2026. 

L’effet « phare » d’une plateforme nationale 

HGTECH doit une part de son ascension au pari du « laboratoire grand ouvert ». À Jiufengshan, les échantillons se succèdent : lingots d’oxyde de gallium, substrats de carbure de silicium de 12 pouces et puces à peine plus grandes qu’un ongle qui, sous le microscope, révèlent une architecture complexe. Tous relèvent d’un domaine en plein essor : les semi-conducteurs composés.

Zhang Xiwei, responsable du laboratoire de Jiufengshan, explique que les semi-conducteurs composés, grâce à leurs propriétés exceptionnelles – haute fréquence, forte puissance et résistance aux températures élevées –, sont largement utilisés dans les véhicules à énergie nouvelle, la communication 5G, le photovoltaïque et le stockage de l’énergie. Ils complètent les puces au silicium là où les matériaux à base de silicium atteignent leurs limites physiques.

« Les idées novatrices et les technologies prometteuses doivent finir par sortir du papier pour rejoindre le terrain industriel. L’essai pilote industriel est le pont indispensable entre la page blanche et l’usine », souligne Zhang Xiwei. Pour une entreprise désireuse de tester un équipement inédit ou un nouveau procédé, s’offrir une ligne de test représente un gouffre financier. Le laboratoire de Jiufengshan offre précisément ce précieux « terrain d’expérimentation ».

Depuis son inauguration au début de 2023, le laboratoire de Jiufengshan a collaboré avec près de 600 partenaires, favorisé l’implantation de plus de 70 entreprises et contribué à porter la filière locale des semi-conducteurs composés à plus de 40 milliards de yuans.

Machine de recuit laser automatique pour plaque de silicium développée par HGTECH 

La synergie de la ceinture économique du Changjiang 

Au-delà du laboratoire, la réussite repose sur l’écosystème de la Vallée de l’Optique depuis les années 1980. « Il suffit de vingt kilomètres pour parcourir toute la chaîne de l’industrie de l’information optoélectronique. Les fournisseurs de composants laser peuvent livrer en moins d’une heure », explique un responsable de HGTECH.

Cette proximité réduit les coûts logistiques tout en facilitant les synergies. Le gouvernement apporte par ailleurs un soutien systématique à travers ses politiques publiques. Dans la région, les filières de formation, les chaînes industrielles et les viviers de talents sont étroitement intégrés, ce qui permet aux entreprises de bénéficier d’un approvisionnement en compétences couvrant tout le cycle, de la recherche à l’application industrielle, en passant par l’enseignement et la production.

Née sur les bancs de l’Université des sciences et technologies de Huazhong, enracinée dans la Vallée de l’Optique et nourrie par les synergies régionales, HGTECH est devenue la locomotive de cette dynamique. Des capteurs multifonctions aux constructeurs automobiles ou à l’hydrogène, ses projets illustrent la coproduction à l’échelle du bassin du Changjiang.

Et l’exemple est loin d’être isolé. La ceinture économique du Changjiang concentre 43 % des établissements d’enseignement supérieur du pays et plus de 500 plateformes nationales d’innovation. Avec à peine 21 % du territoire national, elle génère 46,5 % de la richesse économique du pays. En remontant le cours de l’eau, du corridor d’innovation scientifique du G60 du delta du Changjiang à celui de Chengdu-Chongqing, en passant par celui de la Vallée de l’Optique, ce sont de véritables autoroutes du savoir qui irriguent le bassin, acheminant sans répit talents, technologies et capitaux là où l’industrie en a le plus urgent besoin.

Cette exploration de la synergie fluviale dessine un modèle reproductible pour la coopération industrielle interrégionale à l’échelle du pays, et insuffle à ce grand axe de l’innovation qu’est la ceinture économique du Changjiang une énergie toujours plus bouillonnante, porteuse de forces productives inédites.

 
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