Economie

La métamorphose d'un bastion de l'industrie chimique
By ZHAO YANG, membre de la rédaction | La Chine au présent | Updated: 2026-08-31 16:02:00

De bastion pollueur à modèle vert, Yichang a prouvé que l’écologie et l’économie peuvent faire bon ménage. 

Siège du groupe Xingfa 

Située à la jonction des cours moyen et supérieur du fleuve Changjiang, Yichang (Hubei) abrite près d’un quart des berges provinciales du fleuve. Autrefois étranglée par les industries chimiques, la ville offre aujourd’hui des rives verdoyantes où hommes et animaux cohabitent en harmonie. Derrière cette transformation se cache près d’une décennie de réhabilitation écologique et de restructuration industrielle.

Reconvertir pour renaître 

Le 9 septembre 2018, à 15 heures, dans l’arrondissement de Xiaoting, une détonation sourde a déchiré le silence. La vieille cheminée de 60 m de haut de la centrale thermique n°1 de Xingrui, filiale du groupe Xingfa, le géant de la chimie fine phosphatée du pays, s’est effondrée. Ce fracas a marqué une victoire symbolique dans la lutte de Yichang pour sortir de l’impasse écologique.

À Yichang, la chimie a été le premier secteur industriel à dépasser les 100 milliards de yuans de chiffre d’affaires. Attirées par cette voie fluviale stratégique, plus d’une centaine d’entreprises entassaient leurs cheminées, canalisations et entrepôts le long des rives. « À l’époque, personne ne venait se promener au bord du fleuve, tout était occupé par les usines », se souvient un habitant. Rejets industriels et pollutions diverses ont vite dégradé la qualité de l’eau.

En 2016, la stratégie visant à renforcer la protection du Changjiang et à freiner son développement excessif a apporté une bouffée d’espoir. Deux ans plus tard, lors d’une visite sur le terrain, le président chinois Xi Jinping a rappelé un principe clé : placer la restauration du fleuve au premier plan et parvenir, sous réserve de la protection écologique, à un développement scientifique, ordonné et de haute qualité.

« À l’époque, les installations riveraines et les quais ont été démolis, et les rejets d’eaux usées ont été sanctionnés. Les emprises libérées ont été végétalisées, et une unité de production conservée a également été intégrée à un centre d’étude et de découverte sur l’écologie », déclare Li Shubing, ingénieur en chef dans les silicones organiques au sein du groupe Xingfa.

Ce choix n’a pas été simple face au risque d’impasses financières ou d’impacts sur l’emploi.

« Malgré de grands défis, nous avions conscience que sans transition verte et montée en gamme, nous allions devenir obsolètes. Pourquoi ne pas saisir cette occasion pour améliorer notre qualité et notre efficacité ? », explique Li Shubing. Le groupe Xingfa a donc engagé sa mutation vers des activités plus vertes et plus haut de gamme.

Selon les statistiques, plus de 800 mu (1 mu = 1/15 ha) de terrains industriels ont été libérés pour offrir 900 m de rives propres le long du Changjiang. En 2025, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 65,635 milliards de yuans et exporté vers 142 pays et régions.

À partir de 2017, 134 entreprises chimiques riveraines ont fait l’objet de fermetures ou de délocalisations. Ce « traitement combiné » est devenu le prélude d’un nouveau départ.

Des déchets aux trésors 

Aujourd’hui, dans le parc industriel des nouveaux matériaux de Xingfa, plusieurs chaînes de recyclage, ingénieusement imbriquées, fonctionnent en parfaite harmonie.

Le chlorure de méthyle, un sous-produit dangereux du glyphosate, était coûteux à traiter. « Nous avons découvert plus tard que c’est une matière première importante pour la production de monomères de silicone », raconte Li Shubing. Aujourd’hui, le chlorure de méthyle est acheminé par pipeline directement vers la ligne de production de silicones du parc, tandis que l’acide chlorhydrique dilué issu de la fabrication des silicones est réutilisé comme matière première dans la production de glyphosate.

« Il n’y a pas de déchet absolu, mais des ressources mal utilisées », résume la devise du parc. Xingfa dispose d’une autre technologie de pointe : récupérer le phosphore contenu dans les eaux usées pour produire des phosphates, et récupérer les sels pour produire de la soude caustique.

Grâce à ces synergies, les déchets industriels autrefois problématiques sont devenus des ressources très recherchées. Cette « réaction chimique » qui transforme les déchets en valeur a permis au groupe d’allonger sa chaîne industrielle et d’accroître sa valeur ajoutée.

Rétrospectivement, la préservation de l’environnement n’a pas freiné l’expansion économique, elle a au contraire accéléré sa croissance. De plus, le recul des installations n’a pas augmenté les coûts logistiques. La province du Hubei a accordé au parc deux quais, l’un pour l’acheminement des matières premières, l’autre pour le transport direct par pipeline des produits dangereux. À moins de dix kilomètres du site, le port en eau profonde de Yunchi et la zone de libre-échange intégrée de Yichang offrent des infrastructures pratiques permettant aux entreprises de dédouaner leurs marchandises directement sur place.

L’équipe de protection de la faune aquatique patrouille dans les zones d’interdiction de pêche sur le tronçon Xiling du fleuve Changjiang à Yichang (Hubei). 

Le pouvoir des sentinelles 

Sur le terrain, la population s’est emparée du sujet. Xie Shuchun, septuagénaire, patrouille tôt le matin pour sensibiliser à l’interdiction de la pêche. Les gardiens du Changjiang, comme lui, portent un nom commun : sentinelles du Changjiang.

En 2018, Ding Wanming, secrétaire de la cellule du Parti pour le quartier de Tongling dans l’arrondissement de Xiaoting, a formé une équipe de six membres du Parti à la retraite pour nettoyer les déchets flottants. Aujourd’hui, ce petit groupe est devenu une grande organisation comptant plus de 14 000 bénévoles.

« Notre travail comprend le nettoyage du fleuve et des rives, la sensibilisation à l’écologie, la promotion des lois pour la protection du fleuve, ainsi que la protection des sources d’eau potable », explique Li Shanshan, directrice adjointe du centre de services bénévoles du Changjiang. « Au début, beaucoup de gens pensaient que protéger le fleuve relevait de la responsabilité du gouvernement, et non de la leur. Mais maintenant, c’est complètement différent. »

La rivière Yunchi, un affluent du Changjiang, était autrefois encombrée de déchets industriels et d’ordures ménagères, au point de devenir un égout à ciel ouvert que les habitants locaux fuyaient. À la suite d’une série de mesures d’assainissement, elle a retrouvé son cadre agréable. Sous l’impulsion des actions citoyennes, les riverains ont appris à traiter leurs déchets et ont pris l’habitude de ramasser les détritus sur leur passage, contribuant à préserver durablement leur environnement.

Il aura fallu près d’une décennie à Yichang pour prouver qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre écologie, industrie et qualité de vie. Aujourd’hui, le principe « la nature vaut son pesant d’or » devient une réalité tangible sur les rives du Changjiang.

Numéro 28 avril-juin 2026
APN&CCPPC 2026
Vivre la Chine : la formule gagnante de Sami
Yiwu : La ville qui accueille tous les rêves
Le Ciel de Zhao Lihong : lever les yeux pour penser le monde
Liens