
À l’heure où l’économie mondiale chancelle, les multinationales continuent de miser sur la Chine en l’érigeant au rang de priorité stratégique. Elles font le choix du long terme.
Ces trois dernières années, le nombre d’entreprises à capitaux étrangers implantées en Chine n’a cessé de croître. Selon des données du ministère du Commerce publiées le 23 mai, le pays compte désormais plus de 530 000 entreprises étrangères, pour un montant cumulé d’investissements directs étrangers (IDE) dépassant les 3 600 milliards de dollars.
Au cours des quatre premiers mois de 2026, 20 113 entreprises étrangères ont été créées en Chine, soit une hausse de 6,8 % sur un an. Plus de 3 000 d’entre elles ont élargi leur périmètre d’activité sur cette même période. L’an dernier, plus de 8 000 ont réalisé des investissements supplémentaires dans leur activité principale, en progression de plus de 10 % par rapport à l’année précédente.
Conformément à son objectif d’ouverture, la Chine a facilité l’accès à son marché, levé les restrictions de participation étrangère dans l’industrie manufacturière et réduit à 29 le nombre d’entrées sur sa liste négative, qui recense les secteurs interdits aux investisseurs étrangers.
Extension des activités
La Chine ne cesse de consolider son statut de destination privilégiée des investissements mondiaux. Selon le Rapport spécial 2026 sur la situation économique dans le sud de la Chine, publié le 10 mars par la Chambre de commerce américaine pour le sud de la Chine (AmCham South China), 45 % des entreprises interrogées placent le pays au premier rang de leurs priorités d’investissement mondiales, soit une augmentation annuelle moyenne de six points de pourcentage par rapport à 2024.
L’enquête a recueilli les réponses de 426 entreprises. Parmi elles, 37 % réalisent plus de 60 % de leurs revenus mondiaux en Chine, soit une progression annuelle moyenne de six points depuis 2024. Par ailleurs, 95 % des sondés affirment leur volonté de maintenir leurs activités dans le pays et 75 % prévoient d’y réinvestir cette année. Au total, les entreprises membres ont affecté environ 13,79 milliards de dollars de leurs bénéfices locaux à des réinvestissements sur les trois à cinq ans à venir.
Pour s’adapter aux mutations de la consommation locale, de nombreuses marques étrangères redoublent d’efforts en matière d’ancrage culturel. Le 30 avril dernier, Starbucks China a annoncé un partenariat avec le spectacle à succès, A Tapestry of a Legendary Land, inspiré d’un chef-d’œuvre de la dynastie Song (960-1279), afin d’intégrer l’esthétique traditionnelle chinoise dans la culture quotidienne du café.

La table ronde « Investir dans le thé Gaiwan » attire des investisseurs allemands à Chengdu (Sichuan), le 27 mai 2026.
Recomposition du marché
Les données du ministère du Commerce montrent également que les IDE réellement utilisés par la Chine ont totalisé plus de 287 milliards de yuans au cours des quatre premiers mois de l’année, en baisse de 10,3 % sur un an.
Zhan Yubo, chercheur à l’Institut d’économie de l’Académie des sciences sociales de Shanghai, explique dans un entretien avec le portail d’information Yicai que les investissements étrangers en Chine traversent une phase de restructuration. Celle-ci se caractérise par une augmentation des nouvelles immatriculations parallèlement à un recul des montants effectivement injectés.
Selon lui, bon nombre des nouveaux arrivants sur le marché chinois sont des petites et moyennes entreprises. À mesure que certains secteurs ralentissent et que la concurrence locale se renforce, les acteurs établis tendent à être plus prudents. Les entrées d’IDE en Chine avaient atteint un pic historique en 2022, avant de décliner trois années consécutives. Le pays capte aujourd’hui environ 12 % du total mondial et conserve son rang de deuxième destination mondiale.
La Chine n’attire plus seulement par la taille de son marché, mais de plus en plus par la vigueur de son écosystème d’innovation. Les chiffres du ministère du Commerce le confirment : sur les quatre premiers mois de 2026, les capitaux étrangers injectés dans la haute technologie ont bondi de 20,3 % sur un an pour atteindre 116,33 milliards de yuans, représentant pas moins de 40,4 % du total national.
Selon la même source, la part des IDE dans les hautes technologies a grimpé de 10,3 points sur un an. Rien qu’en mars, le géant industriel allemand Siemens Energy a présenté 26 nouveaux produits en Chine et annoncé un renforcement de sa coopération avec Alibaba Cloud, une filiale du groupe technologique chinois Alibaba, afin d’intégrer ses technologies industrielles à l’écosystème d’innovation de ce dernier.
Siemens précise que les deux groupes élargissent leur collaboration dans les infrastructures industrielles, l’automatisation et les applications d’IA. Dans le cadre de ce partenariat, l’entreprise allemande entend intégrer ses logiciels de simulation à l’infrastructure cloud d’Alibaba pour offrir des services d’ingénierie intelligents destinés au marché chinois.
Ouverture des services
Les restrictions aux investissements étrangers dans le secteur manufacturier ayant été complètement levées, les services sont devenus un axe majeur de l’ouverture du pays. Sur les quatre premiers mois de l’année, les IDE effectivement investis dans les services ont atteint 204,15 milliards de yuans, soit plus de 70 % du total national.
Créé en 2015 dans la zone pilote de libre-échange de Shanghai, le cabinet Baker McKenzie FenXun (FTZ) Joint Operation Office est la première structure de coopération conjointe approuvée en Chine entre des cabinets d’avocats chinois et étrangers. Il a participé à de nombreuses introductions en bourse sur le STAR Market et à des dossiers de fusions transfrontalières, profitant des politiques de la zone pilote relatives à la coopération juridique internationale.
Selon Shi Miao, associée du cabinet, la politique menée dans cette zone a levé les barrières dans le commerce des services, permettant une coopération plus étroite entre les cabinets d’avocats chinois et internationaux. « Nous élargissons nos services à des domaines tels que l’intelligence artificielle et l’économie numérique afin d’accompagner l’expansion mondiale des entreprises chinoises. »
Ces dernières années, les autorités chinoises ont régulièrement allégé la liste négative des investissements étrangers, notamment dans le secteur des services et ont introduit une liste spécifique pour le commerce transfrontalier des services. À ce jour, vingt zones pilotes nationales élargissent l’ouverture de ce secteur.
Un attrait qui demeure
Selon le ministère du Commerce, sur les quatre premiers mois de l’année, les investissements dans la partie continentale de la Chine en provenance du Luxembourg, de la Suisse, de la France et des États-Unis ont augmenté respectivement de 110,3 %, 60,8 %, 58,3 % et 24,5 % sur un an.
M. Zhan fait remarquer que les investissements américains s’orientent vers la haute technologie, les énergies nouvelles, la biomédecine et les biens de consommation haut de gamme, pour lesquels la demande est forte sur le marché chinois. « Les atouts de la Chine, à savoir une chaîne industrielle complète, un vaste marché de consommation et un soutien politique solide en faveur des hautes technologies, continuent de sous-tendre ces tendances », souligne-t-il.
« La Chine continuera d’alléger son système de liste négative pour le commerce transfrontalier des services et d’élargir l’ouverture dans des secteurs tels que les télécommunications, l’Internet, l’éducation, la culture et la santé durant la période du 15e Plan quinquennal (2026-2030) », a déclaré Yan Dong, vice-ministre du Commerce, lors d’une conférence de presse le 26 mai. « Cela attirera davantage de multinationales qui installeront ici leurs activités de recherche, de développement et de production, permettant ainsi aux investissements étrangers de gagner en dynamisme d’innovation », a-t-il ajouté.
*LI XIAOYANG est journaliste à Beijing Information.