Culture

Bâtir des ponts, donner une chance à la paix
By SONIA BRESSLER* | Dialogue Chine-France | Updated: 2026-10-19 15:47:00

Pourquoi, depuis 2020, nous faisons vivre la revue Dialogue Chine-France. 

Depuis 2020, je participe à une aventure éditoriale à laquelle je tiens profondément : faire vivre la revue Dialogue Chine-France. Ce qui m’anime, c’est le désir que nos deux pays continuent à se rencontrer, que leurs cultures se découvrent, que leurs jeunesses puissent imaginer des projets ensemble. 

Je sais ce qu’une rencontre peut déplacer en nous. Un pays que l’on regardait de loin prend soudain un visage. Une conversation nous invite à reprendre une certitude. Une œuvre nous touche, alors que nous ignorions tout de la langue dans laquelle elle est née. 

C’est à ces ouvertures que nous travaillons, numéro après numéro. Aujourd’hui, je voudrais vous raconter pourquoi cette revue compte. Pourquoi nous consacrons tant d’attention à ces liens. Et pourquoi je crois que nous avons tous quelque chose à perdre lorsque s’éteint le désir de comprendre l’autre. 

Une relation faite de visages 

Les relations franco-chinoises se racontent à travers les visites diplomatiques, les accords commerciaux et les partenariats industriels. Ces événements sont importants : ils orientent des décisions, ouvrent des perspectives et engagent l’avenir. Leur portée devient plus tangible lorsque nous découvrons les personnes qui leur donnent une réalité quotidienne. 

Dans nos pages, Hervé Machenaud revient ainsi sur la coopération nucléaire à Daya Bay et sur ce « village d’experts » où vivaient ingénieurs et techniciens. Son témoignage rappelle ce qu’une grande aventure industrielle demande de compétences partagées, d’apprentissage et de confiance construite dans la durée. 

Ailleurs, Christelle Chêne raconte son engagement dans les vignobles du Ningxia. Son parcours donne à découvrir une présence française en Chine inscrite dans un territoire, un travail et des relations humaines. La coopération prend alors la forme d’une expérience vécue, avec ses exigences et ses possibilités. 

Ce mouvement se poursuit de la Chine vers la France. L’humoriste Li Song, dont nous avons présenté le parcours, se produit en français devant des publics auxquels il raconte ses expériences entre les deux cultures. Dans le rire partagé, chacun reconnaît une habitude ou découvre un décalage. Quelque chose devient plus proche. 

Ces histoires permettent d’approcher une relation dans sa diversité. Elles donnent envie d’en savoir davantage sur celles et ceux qui entreprennent, enseignent, traduisent et créent entre nos deux pays. Elles rappellent combien les liens internationaux reposent aussi sur des engagements personnels. 

Ce que les œuvres et la mémoire nous transmettent 

La culture occupe une place essentielle dans cette aventure. Une peinture, une musique, un poème peuvent nous rendre attentifs à une expérience que nous n’avons jamais vécue. Ils ouvrent une conversation dont nous ne connaissons pas encore toutes les questions. 

Lorsque les chefs-d’œuvre du musée d’Orsay rencontrent les visiteurs de Shanghai, une part de l’histoire artistique française entre dans d’autres regards. Lorsque des peintures de Lishui sont exposées à Barbizon, les échanges dessinent un chemin de retour vers un lieu qui les a inspirées. 

Nous avons également raconté l’engagement de Christine Cayol à travers Yishu 8, le rôle de la musique dans le parcours de Lang Lang et les liens noués autour du Petit Prince. Ces expériences montrent ce que la circulation des œuvres peut faire naître : une curiosité durable, un apprentissage, parfois une amitié. 

Publier ces récits, c’est leur donner une chance d’atteindre d’autres personnes. Un lecteur pourra chercher un livre, écouter un artiste, pousser la porte d’une exposition. Une découverte peut ainsi prolonger une rencontre bien au-delà de ceux qui y ont participé. 

La mémoire possède, elle aussi, cette force de transmission. Notre numéro consacré à la guerre rappelle notamment l’engagement du médecin français Jean Jérôme Augustin Bussière auprès du peuple chinois. Il a soigné, secouru et pris des risques pour d’autres êtres humains. 

Je tiens à ce que de telles histoires continuent à circuler. Elles nous transmettent une mémoire de la solidarité et nous interrogent sur notre propre responsabilité. Que faisons-nous aujourd’hui pour préserver les liens ? Qu’acceptons-nous de consacrer à la compréhension, à l’entraide et à la paix ? 

Depuis nos premiers numéros, la défense de la paix guide notre démarche. Elle suppose de connaître les blessures de l’histoire, de reconnaître la dignité des personnes et de maintenir des espaces où la parole puisse circuler. Une revue participe modestement à cette tâche, par l’attention qu’elle porte aux vies qu’elle raconte. 

Transmettre aux jeunes le désir de se rencontrer 

Je pense particulièrement à la jeunesse. Quel avenir lui rendons-nous imaginable ? Quelles raisons lui donnons-nous d’apprendre une langue, de partir étudier, de découvrir une autre culture ou de construire un projet avec quelqu’un qui vit ailleurs ? 

Ces questions accompagnent notre travail. Avec « La voix des jeunes experts », nous accueillons des contributions sur la recherche, les transformations culturelles, l’intelligence artificielle et l’environnement. Leurs auteurs prennent part à la réflexion sur un monde dont ils auront à assumer les choix. 

La coopération climatique entre l’Université de Pékin et Sciences Po, présentée dans nos pages, donne un exemple concret de cet engagement. Enseignants et étudiants échangent des connaissances et des expériences autour de défis qui engagent leur avenir commun. 

Rendre ces initiatives visibles, c’est donner à d’autres jeunes la possibilité de se projeter. Une étudiante peut y découvrir une voie. Un chercheur peut imaginer une collaboration. Un jeune entrepreneur peut comprendre qu’une idée gagnerait à rencontrer d’autres compétences. 

L’espoir grandit lorsqu’il trouve de telles possibilités. Il demande des connaissances, des interlocuteurs et des occasions d’agir. Je souhaite que notre revue contribue à les faire connaître et à donner confiance à celles et ceux qui hésitent encore à franchir le premier pas. 

Cette ambition exige de la rigueur. Les relations franco-chinoises comportent des désaccords, des intérêts divergents et des difficultés qu’il faut pouvoir examiner. Comprendre permet de discuter avec davantage de précision. La confiance se nourrit aussi de questions exigeantes et d’une attention réelle aux réponses. 

Un travail exigeant 

Notre travail entre La Route de la Soie – Éditions et La Chine au présent repose sur cette patience : choisir les sujets, traduire, expliquer les références, relire. Chaque page demande de penser aux lecteurs et à ce qui leur permettra d’entrer dans une expérience éloignée de la leur. 

Cette attention accompagne également la fabrication de la revue, imprimée en France sur du papier recyclé et protégée par un emballage compostable. Ces choix matériels participent du soin que nous souhaitons apporter au monde que nous partageons. 

Depuis 2020, nous poursuivons cette aventure parce que nous croyons à la valeur des liens. Une revue peut se conserver, se prêter, se transmettre. Un article peut devenir le point de départ d’une conversation longtemps différée. 

Si nos pages vous donnent envie de découvrir une œuvre, de rencontrer quelqu’un, d’apprendre une langue ou de poser une question nouvelle, une part de notre travail aura trouvé son sens. 

C’est ainsi que je souhaite continuer : avec nos équipes, nos auteurs et vous qui nous lisez. Nous avons besoin de bâtir des ponts, de les entretenir et de transmettre aux générations qui viennent le désir de les traverser. C’est aussi de cette manière que nous pouvons donner une chance à la paix. 

*SONIA BRESSLER est philosophe et fondatrice de la Route de la Soie – Éditions. 

Numéro 29 juillet-septembre 2026
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