Culture

Entre chaîne et trame
By XU YING, membre de la rédaction | Dialogue Chine-France | Updated: 2026-09-01 15:52:00

À la suite d’une résidence au Guizhou, une jeune artiste française explore une fusion harmonieuse des techniques textiles françaises et chinoises. 

Diane fait dialoguer photographie et textile dans l’exposition « BLUE/S ». 

Diane Collongues, artiste française spécialisée dans la tapisserie et le tissage, a renforcé son lien avec la Chine lors d’une résidence artistique dans le Guizhou l’année dernière. « Il n’y a pas un jour où je n’y pense pas », confie-t-elle à La Chine au présent, se remémorant avec émotion cette immersion au cœur d’une région particulièrement accueillante.

Fruit de cette expérience, son exposition « BLUE/S », qui a été présentée au Musée des beaux-arts du Guizhou en juillet de cette année, retrace ses découvertes. Plutôt que d’imiter purement et simplement les savoir-faire locaux, l’artiste choisit de les intégrer à son propre langage artistique, dans le respect strict de leurs origines et des artisans qui les perpétuent.

Un village à Rongjiang 

Des techniques artisanales aux sentiments intimes 

La création a toujours guidé le parcours de Diane. « J’ai eu la chance d’avoir ce fil rouge dès l’enfance », raconte-t-elle. Au cours de ses études, sa fascination pour les métiers du textile s’affirme, traçant naturellement la voie vers sa carrière actuelle.

En 2021, elle fonde son atelier dédié à deux techniques traditionnelles : le tissage à cadre et la tapisserie de haute lice. Séduite par la rigueur et la patience exigées par ces artisanats, l’artiste y trouve « assez naturellement [sa] manière de travailler et de penser ».

Pour Diane, le textile fascine par sa mémoire narrative : chaque technique employée, chaque matière choisie et chaque contexte de production racontent une histoire. Médium profondément sensible, il convoque des sensations, des histoires et des souvenirs très personnels. Surtout, c’est un matériau ancré dans le quotidien, ce qui permet de créer un lien immédiat avec une œuvre, même lorsque le propos se veut plus complexe.

Si le travail de l’artiste a longtemps été empreint de mélancolie, sa pratique a connu un tournant majeur en affirmant une dimension plus personnelle et en dépassant la simple maîtrise technique. « J’ai progressivement compris que parler de mon travail, c’était aussi, d’une certaine manière, parler de moi », explique-t-elle. Une prise de conscience exigeante, mais déterminante pour son parcours.

 

Des femmes rencontrées lors de la résidence artistique dans le Guizhou

Une vision enrichie 

En septembre 2024, Diane participe à la première édition de « Revelations China » à Beijing, un événement qui a permis au public chinois de découvrir de nombreux matériaux et savoir-faire artisanaux venus du monde entier. Ce premier voyage en Chine agit comme un véritable déclic.

C’est également à cette occasion qu’elle fait des rencontres clés, notamment avec Pauline Ferrières, l’une des fondatrices de DEYI, un studio de design basé en Chine visant à mettre en valeur les savoir-faire textiles traditionnels en collaboration avec les artisans du Guizhou.

Invitée par l’Institut français de Chine à l’été 2025, Diane s’installe, dans le cadre d’une résidence, dans le district de Rongjiang, où cohabitent les minorités Dong et Miao. Grâce au travail de terrain de Pauline qui a créé un lien authentique entre les participants de la résidence et les communautés locales, ce séjour est « un réel coup de foudre » pour l’artiste, lui permettant de comprendre réellement les personnes et leurs histoires.

Teinture, tissage et fabrication du papier… Ces gestes ancestraux et ces moments partagés nourrissent intensément la recherche de Diane. L’immersion dans la teinture indigo reste son souvenir le plus frappant : « La texture que prend l’eau avec le mélange des feuilles et de la pâte d’indigo, mais aussi son odeur, sont des sensations qui m’ont particulièrement marquée », détaille-t-elle.

Forte de cette expérience, l’artiste française a pu présenter son exposition personnelle à Guiyang (Guizhou). « La plus belle manière de parler de cette immersion était plutôt de montrer comment, même à l’autre bout de la planète, deux cultures peuvent communiquer et se nourrir l’une de l’autre. »

 

Exposition « BLUE/S » au Musée des beaux-arts du Guizhou (PHOTOS FOURNIES PAR DIANE COLLONGUES)

Une fusion vivante 

Entre pièces textiles, tapisseries et photographies prises sur place, Diane fait dialoguer les savoir-faire chinois et français en créant une rencontre vivante dans l’exposition « BLUE/S ». Comme son nom l’indique, le bleu en est le fil conducteur. Portées par cette nuance, les œuvres évoquent « la mémoire de ce voyage et l’émotion des instants vécus, entre souvenirs persistants et désir de retour », explique-t-elle.

Durant son séjour, l’artiste tombe sous le charme du coton Dong, magnifique par sa texture comme par ses techniques de fabrication. Le coton occupe une place centrale dans la culture des Dong où subsiste un artisanat textile millénaire qui englobe une dizaine d’étapes complexes.

Pour rendre hommage à cette belle matière, elle la confronte au lin français, une fibre cultivée dans le nord de la France reconnue tant pour sa robustesse que pour sa légèreté. Cette démarche créative, fluide mais exigeante, s’accompagne d’une réelle responsabilité éthique : « L’appropriation culturelle est un vrai sujet. Je voulais vraiment mettre en valeur cette culture que j’ai découverte et adorée, sans pour autant la déformer ni en donner une image erronée », souligne-t-elle.

L’exposition immortalise également certains moments que Diane a vécus auprès des artisans Dong et Miao grâce aux images en noir et blanc et aux cyanotypes. Selon l’artiste, le choix de ce procédé est lié à la matérialité du papier : elle a recueilli celui-ci auprès du maître papetier Pan Yuhua, qui lui a transmis sa vision du papier comme un « matériau vivant », évoluant au rythme des éléments. Le cyanotype fait doublement écho à son séjour : par les tons indigo profonds et par son procédé d’impression ancien dépendant de l’intensité du soleil.

Bien au-delà de cette exposition, l’immersion dans le Guizhou a permis à l’artiste française de regarder sa propre création différemment et de repenser ce qu’elle souhaite raconter à travers son travail. « J’aimerais pouvoir continuer à travailler avec ces matériaux précieux, qui occupent désormais une place singulière dans ma pratique. »

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