À l’occasion du bicentenaire de la photographie, le projet « Résonances photographiques franco-chinoises » fait d’Arles un laboratoire du dialogue artistique international.
En 2026, la photographie célébrera un anniversaire exceptionnel : deux siècles d’existence. Deux cents ans durant lesquels elle n’a cessé de transformer notre manière de regarder le monde, de conserver la mémoire des sociétés et d’interroger notre rapport au réel. Si ce bicentenaire invite naturellement à revisiter son histoire, il offre également l’occasion de réfléchir à son avenir. C’est précisément l’ambition du projet Résonances photographiques franco-chinoises pour le bicentenaire de la photographie, porté par le Centre Européen des Arts Visuels (CAV).

Présentée à Arles du 14 au 23 juillet 2026, cette exposition ne se limite pas à une célébration patrimoniale. Elle propose une rencontre ambitieuse entre deux grandes traditions photographiques, chinoise et française, en faisant de la photographie un véritable espace de dialogue interculturel. Dans une époque marquée par les recompositions géopolitiques et la multiplication des échanges culturels, cette initiative illustre avec force le rôle que peuvent jouer les arts visuels dans le rapprochement des sociétés.
Arles, capitale mondiale du regard
Choisir Arles pour accueillir ce dialogue n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs décennies, la ville est devenue l’un des principaux centres internationaux consacrés à la photographie. Chaque été, artistes, commissaires d’exposition, chercheurs, collectionneurs et amateurs venus du monde entier s’y retrouvent pour découvrir les évolutions de la création photographique contemporaine.
À l’occasion du bicentenaire, cette ville emblématique acquiert une dimension encore plus symbolique. Accueillir une exposition franco-chinoise dans ce contexte revient à inscrire le dialogue entre les deux pays au cœur même de l’histoire mondiale de la photographie. Arles cesse alors d’être uniquement un lieu d’exposition pour devenir un véritable espace de circulation des regards et des imaginaires.

Une exposition construite comme une conversation visuelle
L’originalité du projet réside dans sa conception curatoriale. Il ne s’agit pas simplement de juxtaposer des photographes français et chinois, mais de construire une véritable architecture du dialogue. Les organisateurs ont imaginé une scénographie où les œuvres dialoguent par affinités esthétiques, résonances sensibles et complémentarités de regards. Les photographes invités occupent les espaces principaux de l’exposition, tandis que les artistes associés prolongent cette conversation visuelle à travers un parcours conçu comme une succession de rencontres.
Cette approche rompt avec les présentations fondées sur les classifications nationales. Ici, les œuvres se répondent, se confrontent parfois, mais surtout s’enrichissent mutuellement. Le visiteur est invité à découvrir comment des artistes issus de contextes culturels différents interrogent des thèmes universels tels que le temps, la mémoire, le paysage, la transformation des territoires ou la condition humaine.
Vingt photographes pour célébrer deux siècles de photographie
Cette ambition prend corps à travers une sélection de vingt photographes, dix français et dix chinois, dont les parcours illustrent la richesse et la diversité des deux scènes photographiques.
La délégation française réunit Bernard Langenstein, Denis Brihat, Estelle Lagarde, Gérard Rondeau, GLADYS, Hans Silvester, Jean-Robert Franco, REZA, Sophie Bassouls et Xavier Blondeau. Leurs œuvres couvrent un large éventail de la création photographique, de la photographie humaniste au reportage, du paysage à la recherche plastique contemporaine, offrant un panorama de plusieurs générations de photographes français.
Face à eux, la Chine est représentée par LI Ge, LI Zhi, LIU Zhaofu, MA Yue, NIU Weiyu, WANG Zhiping, YUE Hongjun, ZHANG Gengqi, ZHANG Lanpo et ZHU Xianmin. Cette sélection témoigne de la vitalité de la photographie chinoise contemporaine, où se croisent mémoire historique, observation des mutations sociales, expérimentations artistiques et réflexion sur les profondes transformations du pays.
L’intérêt de cette exposition réside précisément dans le dialogue instauré entre ces vingt artistes. Les rapprochements ne reposent ni sur la comparaison ni sur l’opposition, mais sur la recherche de résonances. Chaque photographie devient une réponse possible à une autre image, chaque regard éclaire celui de son interlocuteur, révélant que les grandes interrogations humaines dépassent largement les frontières géographiques.
La photographie comme diplomatie culturelle
Depuis son invention, la photographie possède cette capacité singulière de franchir les barrières linguistiques. Une image peut susciter l’émotion, la réflexion ou le questionnement sans recourir à la traduction. Cette universalité en fait un outil privilégié du dialogue entre les cultures.
Le projet porté par le Centre Européen des Arts Visuels s’inscrit pleinement dans cette perspective. Basé à Lyon, le CAV développe depuis plusieurs années des programmes favorisant la circulation des artistes, des œuvres et des idées entre différents espaces culturels, avec une attention particulière portée aux échanges entre la Chine et la France.
Au-delà de l’organisation d’expositions, le Centre agit comme une plateforme de coopération artistique internationale. Son ambition est de créer des rencontres durables entre photographes, commissaires d’exposition, institutions culturelles et publics, en faisant de la création contemporaine un vecteur de compréhension mutuelle.
Une rencontre appelée à se prolonger
L’exposition d’Arles constitue le point de départ d’une dynamique appelée à se poursuivre bien au-delà de l’été 2026. Les organisateurs souhaitent encourager de nouvelles collaborations entre artistes, développer des projets éditoriaux, favoriser des résidences croisées et multiplier les échanges curatoriaux entre les deux pays.
Le bicentenaire de la photographie devient ainsi l’occasion d’ouvrir un nouveau chapitre des relations culturelles franco-chinoises. À travers les œuvres présentées, il s’agit moins de célébrer le passé que de préparer l’avenir, en rappelant que la photographie demeure un langage vivant, capable d’accompagner les grandes transformations du monde contemporain.
Une célébration du regard
À l’heure où les relations internationales sont souvent envisagées sous leurs dimensions économiques ou diplomatiques, « Résonances photographiques franco-chinoises » rappelle la place essentielle de la culture dans la construction d’une compréhension réciproque.
Les vingt artistes réunis à Arles montrent que la photographie demeure un formidable espace de rencontre. Chaque image invite à porter un regard nouveau sur l’autre, mais aussi sur soi-même. Ensemble, elles composent une polyphonie visuelle où se croisent les histoires individuelles, les mémoires collectives et les sensibilités contemporaines.
Deux siècles après son invention, la photographie continue ainsi de remplir l’une de ses plus belles missions : créer des liens entre les êtres humains. À Arles, cette mission prend une dimension particulière en faisant dialoguer deux grandes traditions photographiques qui, tout en conservant leur singularité, démontrent que l’art demeure l’un des langages les plus féconds pour rapprocher les cultures.
*SONIA BRESSLER est philosophe et fondatrice de la Route de la Soie – Éditions.