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Reconstruire les relations entre la Chine, les États-Unis et l'Europe en 2021
By Cui Hongjian | Dialogue Chine-France | Updated: 2021-04-12 12:31:00

L’administration de M. Biden a promis de « guérir » le pays, mais dans son ambition de « soigner les plaies » que son prédécesseur a infligées à la communauté internationale et à l’image des États-Unis, elle se heurtera inévitablement à deux défis diplomatiques majeurs. Premièrement, parviendra-t-elle à mettre fin à la politique qui a été menée à l’encontre de la Chine par M. Trump ? Comme l’a prédit Kurt Campbell, qui a pris ses fonctions à la tête des affaires asiatiques de la Maison Blanche, les États-Unis doivent réfléchir à une solution pour maintenir une « relation viable » avec la Chine. Deuxièmement, l’Europe, principal allié des États-Unis, pourra-t-elle « renouer la confiance avec les États-Unis » et sera-t-il possible de « redynamiser les relations transatlantiques », comme l’avait promis le camp de M. Biden durant la campagne présidentielle ? Reste à savoir si les relations Chine–États-Unis–Europe évolueront prochainement vers un modèle constructif et stable, et non vers une situation destructrice et tumultueuse. Cette évolution, qui touchera à la situation générale internationale, servira de « pierre de touche ». 

 

Le président américain Joe Biden signe des décrets (dont le retour dans l’Accord de Paris) à la Maison Blanche, le 20 janvier 2021. 

Des opportunités de stabiliser et normaliser les relations 

La politique étrangère de l’ère Trump n’était pas tenable. Tel est le constat sur lequel l’administration de M. Biden devrait bâtir sa politique étrangère, en particulier envers la Chine et l’Europe. L’administration de M. Trump a adopté vis-à-vis de la Chine une posture de « confrontation à tous les échelons du gouvernement », mettant en œuvre des mesures contraignantes et répressives dans la politique, la sécurité, la diplomatie, le commerce, les investissements et les technologies. Cette attitude a non seulement aggravé le risque de confrontation sino-américaine, mais aussi nui à la sécurité et aux intérêts économiques des États-Unis eux-mêmes et au système international. L’Europe a également souffert des sanctions commerciales et du chantage sur la sécurité infligés par les États-Unis. Si l’administration de M. Biden veut remodeler l’image diplomatique des États-Unis, elle devra d’abord changer l’impression d’imprévisibilité et de grossièreté que la « diplomatie à la Trump » a laissée. C’est pourquoi, avant et après les élections, l’équipe de M. Biden a appelé à « réduire la confrontation » avec la Chine et à « reformer l’alliance » avec l’Europe. Elle ambitionne aussi de « corriger » les erreurs de M. Trump, et notamment de « revenir dans l’Accord de Paris et de réintégrer l’Organisation mondiale de la Santé ».  

Tenaillée entre l’urgence de juguler la pandémie de COVID-19 et de revitaliser l’économie, l’année 2021 s’annonce compliquée et il est plus impératif encore que la Chine, les États-Unis et l’Europe jouent leur rôle. Si l’administration de M. Biden parvient à joindre le geste à la parole, les relations sino-américaines iront vers des perspectives plus prévisibles et plus stables ; par ailleurs, les relations entre l’Europe et les États-Unis pourront dans une certaine mesure reprendre leur souffle. La Chine, les États-Unis et l’Europe peuvent et doivent assumer des responsabilités conjointes dans les domaines de la lutte commune contre la pandémie et la reprise économique et servir d’exemples pour le monde en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de promotion d’une économie verte. Suite aux changements rapides qu’a connus le monde ces dernières années, ces trois régions doivent profiter de la « fenêtre d’opportunité » qui s’offre à elles pour stabiliser les relations sino-américaines, restaurer les relations euro-américaines et inverser la tendance afin de progresser vers l’interaction plutôt que vers le conflit.  

Le risque de remous et de rechutes  

Mais cette « fenêtre d’opportunité » n’est pas à portée de main. Dans le contexte actuel où la pensée de confrontation et de concurrence aux États-Unis persiste, où les véritables motivations derrière les ajustements politiques de l’administration de M. Biden ne sont pas claires et où certains en Europe demeurent indécis sur le parti à prendre, le risque de remous et de rechutes dans les relations futures entre la Chine, les États-Unis et l’Europe demeure considérable.  

M. Trump, président sortant qui a récolté plus de 70 millions des voix aux dernières élections, n’est pas seul aux États-Unis. Les émeutes du Capitole l’ont d’ailleurs clairement démontré. La politique étrangère de l’administration de M. Biden subira d’énormes pressions internes et sera amenée à procéder à des ajustements politiques majeurs. À l’heure où les deux parties s’accordent à dire que la Chine est le « principal rival stratégique » des États-Unis, les révisions de la politique américaine à l’égard de la Chine ne pourront se faire que « pas à pas ». Un simple malentendu pourrait attiser l’opposition des partisans de Donald Trump et rendre l’administration de M. Biden plus vulnérable. Il en va de même pour la politique américaine envers l’Europe. Bien que les deux parties aient déjà suspendu les droits de douane supplémentaires afin d’instaurer une « atmosphère amicale », on constate encore des divergences sur l’ouverture du marché, le libre-échange et la coordination stratégique. Même si l’administration de M. Biden veut aller plus loin, elle sera inévitablement gênée dans ses actions par les groupes défendant « America First ».  

L’intensification de la concurrence sino-américaine pourrait nuire aux perspectives des relations Chine-UE, ce qui n’est pas dans l’intérêt de l’Europe. Les mesures répressives de l’administration Trump ont non seulement porté atteinte à la coopération économique et commerciale bilatérale sino-américaine, mais ont aussi eu un impact considérable sur l’Europe. Selon les résultats d’une enquête menée par la Chambre de commerce de l’UE en Chine, plus de 70 % des entreprises européennes sont affectées par la guerre commerciale sino-américaine et commencent à réfléchir à l’éventuel ajustement des chaînes industrielles et d’approvisionnement. Les pratiques unilatéralistes (notamment la « juridiction au bras long ») déployées par les États-Unis, s’appuyant sur leur suprématie financière, ont aussi causé des dommages à long terme au système international. En 2016, l’Europe s’est mise à réfléchir et à construire une « autonomie stratégique », dans l’espoir de sauvegarder ses intérêts propres dans la compétition entre grandes puissances. La combinaison des efforts d’amélioration et des actions positives de l’Europe contribue à la stabilité du système multilatéral international et favorise le développement multipolaire du monde. La Chine a besoin d’évoluer dans un contexte international équilibré et stable, et a donc vivement soutenu l’Europe. Mais si l’Europe devient un simple instrument de la stratégie américaine consistant à « utiliser l’Europe pour contenir la Chine », elle ne pourra ni tirer plus d’avantages des États-Unis, ni résoudre les contradictions stratégiques, la concurrence économique et commerciale ainsi que les différends en matière de sécurité entre les États-Unis. Dans le même temps, cette « prise de parti » de l’Europe, en plus d’aggraver l’erreur d’arbitrage des États-Unis dans l’appréciation de la situation en vue d’un réajustement de leur politique à l’égard de la Chine, alimentera la ligne dure en Amérique et intensifiera la confrontation entre les deux pays. L’Europe risquerait d’y perdre ses intérêts et, à terme, son centre de gravité. 

 

Des équipements éoliens destinés à l’exportation sont chargés à Lianyungang (Jiangsu), le 9 novembre 2020. 

Faire en sorte que les opportunités l’emportent sur les risques 

Il est clair que la Chine, les États-Unis et l’Europe se retrouvent aujourd’hui devant des opportunités et des risques. Tant que les États-Unis et l’Europe ne se méprennent pas sur la situation et ne prennent pas de résolutions hasardeuses, les opportunités l’emporteront. 

Les trois parties peuvent entreprendre en priorité les tâches faciles avant de s’attaquer aux plus difficiles, en s’appuyant par exemple sur les premiers consensus atteints au sujet de la gouvernance du changement climatique mondial et du maintien des mécanismes multilatéraux de coopération, afin de cultiver progressivement la confiance mutuelle et de parvenir à la stabilité. L’UE, la Chine et l’administration de M. Biden ont avancé des objectifs pour atteindre la neutralité carbone. En 2021, la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques se tiendra à Glasgow, tandis que la 15e réunion de la Conférence des Parties (COP15) à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique se déroulera à Kunming. Si Joe Biden tient sa promesse de « réintégrer dès que possible l’Accord de Paris », la Chine, les États-Unis et l’Europe pourront réaliser les objectifs de réduction des émissions et assurer le soutien financier qu’ils impliquent, envoyant un signal positif majeur. 

 

Un visiteur essaie un snowboard sur le stand de l’entreprise américaine Burton lors du
Salon international du commerce des services de Chine (CIFTIS) à Beijing, le 7 septembre 2020.
 

La Chine, les États-Unis et l’Europe peuvent de surcroît se partager la responsabilité de la lutte contre le COVID-19 et la reprise économique. Et il ne faudrait pas décevoir les attentes que la communauté internationale place dans les grandes puissances. Si l’administration de M. Biden parvient à honorer ses engagements de « réintégrer dès que possible l’OMS » et de « jouer selon les règles du commerce international », la Chine, les États-Unis et l’Europe pourront nouer une coopération aux niveaux sanitaire et économique dans des cadres multilatéraux tels que l’OMS, le G20 et l’OMC, donnant l’espoir de vaincre ce virus et de voir la situation revenir à la normale. Si la Chine, les États-Unis et l’Europe coopèrent et réalisent des échanges économiques et commerciaux équitables sans imposer de barrières, il sera possible d’éviter une récession économique mondiale. Les « négociations des règles internationales » avec l’Europe, promises par les États-Unis, devraient également être ouvertes à la Chine. L’Accord global sur les investissements Chine-UE pourrait également servir à promouvoir une coopération similaire entre la Chine et les États-Unis. 

Tout comme la communauté internationale se trouve à un carrefour inédit, les relations Chine–États-Unis–Europe sont entrées dans une période complexe sans précédent, où les opportunités de coopération pour aller de l’avant sont aussi grandes que les risques de recul. L’administration de M. Biden devrait prendre conscience que le véritable sens derrière le slogan « Make America Great Again » n’est pas de rafler unilatéralement des avantages au profit des États-Unis ; et l’Europe devrait prendre conscience que le véritable sens derrière l’objectif de maintenir l’« autonomie stratégique européenne » n’est pas de jouer les opportunistes en spéculant sur l’essor de la Chine et des États-Unis, mais d’assumer des responsabilités conjointes toujours plus nombreuses et plus grandes. Si ces deux critères sont réunis, alors la Chine, les États-Unis et l’Europe pourront restaurer et élargir les bases de leur coopération. En découleront des intérêts communs qui permettront aux États-Unis et à l’Europe de mieux comprendre la Chine et déterminer leur propre position, et par voie de conséquence, de formuler et appliquer des politiques plus rationnelles.  

CUI HONGJIAN • directeur du département des études européennes à l’Institut chinois des études internationales 

Numéro 7 janvier-mars 2021
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