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La neutralité carbone transformera le développement chinois
By ZOU JI | Dialogue Chine-France | Updated: 2020-12-08 08:56:00

La centrale photovoltaïque du village de Si’e, dans le département autonome tibétain de Garzê (Sichuan), se fond dans le paysage.

  La Chine a proposé de parvenir à un pic des émissions de dioxyde de carbone en 2030 et s’efforcera d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. La proposition de ces objectifs va générer de profonds changements dans le développement socioéconomique de la Chine.

  Une signification profonde

  Du point de vue de la lutte contre les changements climatiques, la Chine exerce une influence décisive sur la réalisation mondiale des objectifs en la matière. La Chine est un pays peuplé, une puissance économique et un émetteur majeur. Les résultats de la Chine dans la réalisation de ses objectifs seront déterminants dans la lutte contre les changements climatiques mondiaux.

  L’Accord de Paris est entré en vigueur il y a cinq ans et les États-Unis ont choisi de se retirer du groupe des signataires. Affectés par l’épidémie de COVID-19, nombreux sont ceux qui ne savent pas si l’Accord de Paris perdurera. C’est précisément à ce moment-là que la Chine annonce ses objectifs, ce qui constitue un soutien particulièrement fort à l’Accord de Paris. La proposition de ces objectifs redéfinira le rôle de premier plan de la Chine dans le monde et aura un impact majeur sur la géopolitique, la gouvernance mondiale et l’ordre mondial.

  Sur le plan intérieur, l’objectif proposé de neutralité carbone déterminera l’orientation et les perspectives futures de l’économie chinoise. À l’heure où la Chine élabore le XIVe Plan quinquennal, l’épidémie de COVID-19 a été efficacement maîtrisée et l’économie doit absolument repartir. Il convient de se demander dans quelle direction l’économie retrouvera son dynamisme. L’annonce d’objectifs de réduction des émissions de carbone à ce moment particulier apportera à l’avenir des changements révolutionnaires à l’ensemble de la structure économique. Par exemple, le secteur des énergies renouvelables ouvrira des opportunités de développement substantielles, tandis que des secteurs comme l’extraction du charbon et la production d’électricité par combustion de charbon seront progressivement démantelés. Cela signifie que le modèle énergétique chinois à base de charbon doit subir une refonte complète.

  Des bases réelles

  L’objectif de neutralité carbone en 2060 et de pic des émissions de CO2 en 2030 sont proposés sur la base d’années d’efforts de la Chine en matière de réduction des émissions de carbone. Dès 2015, le gouvernement chinois a soumis les Initiatives de renforcement pour faire face aux changements climatiques - Contributions déterminées au niveau national de la Chine aux Nations Unies et proposé ainsi un objectif de contributions déterminées au niveau national. Grâce à ses efforts inlassables, la Chine a enregistré des progrès considérables dans la réduction des émissions de carbone. À la fin de 2019, l’intensité carbone avait baissé de 18,2 % par rapport à 2015, et les objectifs contraignants et les objectifs du XIIIe Plan quinquennal avaient été achevés plus tôt que prévu.

  D’un point de vue technique, un certain nombre de technologies connexes en Chine ont effectué des percées majeures. Par exemple, au cours des dix dernières années, le coût de la production des énergies renouvelables en Chine a considérablement baissé. À titre d’exemple, le coût de la production d’électricité photovoltaïque a été réduit de 90 %, ce qui est déjà inférieur au coût de la production d’électricité par le charbon. L’énergie verte produite par les énergies renouvelables peut ainsi déjà concurrencer le charbon. L’efficacité énergétique industrielle a été considérablement renforcée. La technologie numérique et les technologies de l’information de la Chine ont émergé et ont été largement utilisées, accélérant l’ajustement de la structure énergétique.

  La Chine adhère au concept de développement vert et promeut vigoureusement la construction d’une civilisation écologique, compatible avec une réduction des émissions à faible émission de CO2. En termes de politiques économiques, l’accent a été mis davantage sur la transformation des modèles de croissance économique. Les politiques environnementales ont également réalisé d’excellentes synergies.

Vue de la Société de protection environnementale et d’énergies vertes du Parc industriel pour l’économie circulaire de Tongzhou à Beijing, un projet de production d’électricité par incinération, le 17 octobre 2020

  Stimuler la transition et le développement des secteurs concernés

  Pour atteindre l’objectif de neutralité carbone, la Chine a besoin de faire advenir des changements profonds dans tous les domaines.

  Dans le secteur de l’énergie, la part du charbon dans le mix énergétique chutera à 10 %, voire à moins de 5 %. La province du Qinghai montre actuellement l’exemple avec une forte proportion d’énergies renouvelables et un réseau offrant une configuration idéale. Cette province est dotée de ressources naturelles unique, avec du vent et de l’eau en abondance. Les énergies propres représentent 87 % du mix énergétique et le réseau électrique du Qinghai fournit 100 jours d’électricité propre chaque année. Le potentiel de développement des énergies renouvelables atteint 3 milliards de kW et le potentiel d’extraction directe se situe désormais à 1 milliard de kW. En septembre 2020, le premier canal de transmission UHV DC pour l’acheminement de l’électricité propre hors du Qinghai a été connecté à la province du Henan. À l’avenir, les provinces et régions de la Chine de l’Ouest comme le Qinghai, le Gansu, le Ningxia et la Mongolie intérieure deviendront des bases d’acheminement d’électricité propre, et la géographie de l’approvisionnement énergétique de la Chine s’en trouvera transformée.

  Il convient également de prêter attention à la façon dont les provinces et régions initialement productrices d’électricité se transforment et se développent. Aujourd’hui, la Mongolie intérieure développe le secteur de l’énergie éolienne et augmente la part de l’énergie verte. Cette région autonome construit des centres de mégadonnées et exploite de nouveaux points de croissance, ce qui permettra d’atténuer l’impact socioéconomique et social de la transition hors du charbon. La transformation de la structure énergétique est un processus à long terme, qui prend cinq à dix ans, voire plus. Il est donc nécessaire de transférer un grand nombre d’ouvriers de la chaîne industrielle à forte intensité carbonique comme les mines de charbon. Il faut offrir aux ouvriers du secteur industriel traditionnel des opportunités de formation pour les aider à se reconvertir sans heurts, et améliorer le système de sécurité sociale pour les plus âgés qui ont des difficultés dans ce domaine, afin de minimiser les effets néfastes des licenciements et du chômage.

  Des efforts spécifiques doivent être déployés dans le domaine des transports. Dans la transformation des villes anciennes et la construction de nouvelles zones urbaines, il faut adhérer au principe de bas carbone, améliorer la planification des infrastructures de transport et développer les transports publics, notamment pour rendre les correspondances plus pratiques. Maintenant que les taxis et les bus de Shenzhen sont entièrement électrifiés, d’autres grandes villes doivent également accélérer l’introduction de véhicules électriques. Il est nécessaire de promouvoir en permanence le transport longue distance routier vers le ferroviaire et le transport combiné ferroviaire-maritime.

  De nombreuses technologies clés sont également en cours de développement dans le domaine industriel. Le stock de ferrailles d’acier est de plus en plus élevé et en l’utilisant dans la sidérurgie, il est possible d’économiser beaucoup d’énergie. Lorsque l’agent de réduction de la fabrication de l’acier passe du charbon et du coke à l’hydrogène, il n’y a plus d’émissions et le potentiel de réduction des émissions est ainsi élevé. La recherche et le développement de ciment bas carbone voire zéro carbone est également en cours. La transformation de l’industrie chimique à base de charbon en une industrie chimique à base d’hydrogène fait également l’objet de nombreuses recherches actuellement.

  Les changements dans le secteur de la construction doivent être étroitement intégrés au processus d’urbanisation de la Chine. À l’avenir, des centaines de millions de ruraux se rendront dans les zones urbaines. Ruicheng (Shanxi) et Shenzhen sont des zones pilotes pour les bâtiments « zéro carbone et flexibles », avec des panneaux photovoltaïques sur le toit et la façade des bâtiments, un réseau de distribution en courant continu équipé de batteries de stockage d’énergie pour l’alimentation électrique, la climatisation et le chauffage. La tendance prochaine sera de construire davantage de communautés résidentielles et de parcs industriels avec zéro émission nette.

  Dans le domaine agricole, l’agriculture photovoltaïque présente un potentiel de développement prometteur. Dans le Qinghai, par exemple, l’utilisation de panneaux photovoltaïques dans les zones désertiques peut non seulement générer de l’électricité, mais aussi réduire l’évaporation de l’eau du désert, augmenter l’irrigation des friches en lavant les panneaux photovoltaïques et augmenter la superficie des prairies. Les moutons peuvent paître sous les panneaux solaires et un cycle écologique complet d’eau, d’herbe, de photovoltaïque et d’élevage peut être établi. À l’heure actuelle, il y a encore un grand nombre de personnes à faible revenu dans les régions rurales de la Chine, le fait d’explorer pleinement de nouveaux secteurs liés à l’énergie est une initiative qui leur permettra de mener une vie prospère.

 

  ZOU JI • administrateur et président de China Energy Foundation

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