Voix des jeunes

Un nouveau chapitre sino-européen pour les échanges des jeunes
By LU YU* | Dialogue Chine-France | Updated: 2025-12-30 16:48:00

En surmontant les barrières culturelles et linguistiques, les jeunes chinois et européens contribuent à un avenir commun fondé sur la coopération, la confiance et l’empathie. 

Une discussion au cours du Dialogue entre les jeunes Chinois et Français – Comprendre la modernisation à la chinoise, organisé par le China Media Group en collaboration avec l’Association Sciences Po Alumni, le Comité Interuniversitaire pour des Nations unies de Paris (CINUP) et l’Université Jinan, à Paris, en mai 2024. 

Le 3 novembre 2025, un dialogue international sur le thème « La force des jeunes dans le développement de la paix » s’est tenu à Bruxelles. J’ai eu l’opportunité de discuter avec des jeunes représentants de plusieurs pays européens sur la situation mondiale, la modernisation à la chinoise, les échanges interculturels et l’innovation technologique. Ce dialogue de près de deux heures m’a profondément marqué. En effet, l’avenir des relations entre la Chine et l’Europe ne sera pas seulement déterminé par des documents officiels, mais aussi par des générations de jeunes prêts à se rapprocher, à se comprendre et à se faire confiance.

L’année 2024 a marqué le 60e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. J’ai participé à plusieurs événements d’échanges culturels organisés à l’occasion de la visite du président chinois Xi Jinping en Europe, où j’ai été témoin de l’engagement actif des jeunes chinois et européens dans le multilatéralisme, le développement vert et les échanges culturels.

À cette occasion, je souhaite partager mon expérience personnelle pour explorer comment les jeunes chinois et européens peuvent franchir ensemble et pas à pas les barrières dans l’apprentissage des langues, le développement professionnel et les échanges interculturels.

Wang Ruhan, membre du Chœur d’enfants des ethnies Li et Miao de Wuzhishan, enlace Margot, membre du Chœur des Polysons de Paris, lors de la dernière représentation du festival « Pont d’amitié franco-chinoise par les chœurs d’enfants » à Wuzhishan (Hainan), le 27 octobre 2024. 

De la compréhension à l’écoute 

À l’Institut supérieur d’interprétation et de traduction de l’Université Paris Panthéon-Assas, de nombreux étudiants européens ont réussi les examens de niveau avancé du HSK (examen de compétence en chinois), mais le véritable défi ne réside pas dans le fait de comprendre, mais de savoir écouter, de savoir comprendre la logique culturelle et les sous-entendus derrière les mots. Par exemple, les étudiants demandent souvent si lorsque leurs partenaires chinois disent qu’ils vont réfléchir et les contacter plus tard, est-ce une invitation à passer à l’action ou un refus poli ? Ce genre de nuance, qu’il est impossible de saisir simplement avec des mots et de la grammaire, doit être perçu dans un contexte réel.

Pour cela, j’insiste sur deux points dans mon enseignement : d’abord, saisir le contexte. J’encourage mes étudiants à utiliser des réseaux sociaux chinois comme Weibo ou RedNote pour observer comment les jeunes discutent de sujets d’actualité et expriment leurs opinions. Apprendre des termes comme « YYDS » (un terme de la culture Internet chinoise, signifiant « légendaire » ou « éternellement populaire ») ne consiste pas seulement à mémoriser du vocabulaire, mais aussi à comprendre une manière de s’exprimer plus informelle et pleine d’humour. Ensuite, passer des sous-titres à la culture. Même si les films et séries chinois sont souvent en chinois mandarin, ils sont fréquemment sous-titrés en chinois, ce qui constitue une excellente ressource pour les apprenants. Beaucoup d’étudiants français, en suivant des séries, enrichissent leur vocabulaire et acquièrent une compréhension plus intuitive des références historiques chinoises et des valeurs sociétales.

Lors d’un dialogue autour d’une table ronde avec des jeunes, un étudiant européen m’a demandé comment surmonter les barrières linguistiques. Je lui ai répondu qu’apprendre une langue n’est pas une affaire d’imitation, mais d’écoute. Lorsque les deux parties sont prêtes à s’écouter patiemment et à se comprendre sincèrement, la langue ne devient plus une barrière, mais un pont pour se rapprocher les uns des autres.

Aujourd’hui, de nombreux étudiants que j’ai formés travaillent pour l’UNESCO ou dans de grandes entreprises chinoises en France comme Huawei ou Hikvision. Dans des postes en technologie, marketing, et relations publiques, ils sont devenus des forces vives qui ne se contentent pas seulement de traduire des mots, mais aussi de transmettre des idées, des règles et de la confiance.

La Chinoise Zhang Ruien et l’Allemande Julia Stusek pratiquent la calligraphie chinoise en marge de la finale mondiale junior 2025 de l’ITF World Tennis Tour à Chengdu (Sichuan), le 19 octobre 2025. 

Des ponts dans l’intégration professionnelle 

Si la classe est la première étape pour que les jeunes chinois et européens se comprennent, l’étape suivante consiste à étendre cette compréhension à des pratiques sociales plus vastes, ce qui nécessite des plateformes et des projets institutionnalisés. Mon travail au sein de l’Alliance des incubateurs franco-chinois (AIFC) consiste précisément à créer un pont pour les jeunes chinois et européens qui relie campus et monde professionnel, et intérêt et mission.

Ces dernières années, que ce soit l’UE qui promeut une « réindustrialisation » centrée sur l’innovation verte, ou la Chine qui accélère le développement de forces productives de nouvelle qualité et la transition vers une économie verte et bas carbone, les jeunes se trouvent à l’avant-garde de ces changements. Ils montrent leur sens de l’engagement et des responsabilités dans les domaines du changement climatique, de la sécurité énergétique et de l’intelligence artificielle.

La coopération entre la Chine et l’Europe dans la transition verte et numérique est riche et ancienne. À la fin des années 1980, China General Nuclear Power Group (CGN) a envoyé plus d’une centaine de jeunes techniciens en France pour étudier la technologie du nucléaire. Le coût de formation de chaque participant s’élevait à 1,3 million de francs, une somme qui à l’époque représentait l’équivalent en or du poids d’un adulte. C’est pourquoi ces étudiants étaient surnommés « les hommes en or » dans ce secteur. Après leur retour en Chine, ils sont devenus les piliers du secteur de l’énergie nucléaire chinois et ont contribué à la coopération nucléaire stable et durable entre la Chine et la France.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de jeunes a repris le flambeau et s’engage dans des domaines encore plus diversifiés, allant de l’énergie nucléaire aux énergies renouvelables, de la fabrication traditionnelle à la fabrication intelligente, en passant par l’ingénierie hors ligne et les plateformes numériques. Grâce à la coopération en recherche conjointe, à l’harmonisation des normes et à l’incubation de projets, ils améliorent constamment leurs compétences en communication interculturelle et trouvent des réponses à la question : « Que puis-je apporter à la coopération Chine-Europe ? »

L’AIFC collabore avec de nombreuses autorités, universités et parcs industriels à travers la Chine pour promouvoir la création de plusieurs plateformes dédiées à la coopération innovante entre la Chine et l’Europe. Sur ces plateformes, je vois souvent des ingénieurs français, parlant couramment chinois, expliquer leurs modèles algorithmiques à des jurys chinois ; des jeunes entrepreneurs chinois, parlant avec aisance français, présenter à leurs partenaires européens comment leurs projets répondent aux exigences locales en matière de respect de l’environnement et de conformité ; des équipes multinationales de jeunes de Chine et d’Europe avancer ensemble, en transformant des technologies de capture du CO2 de la théorie à la pratique.

Lorsque les connaissances acquises en classe se transforment en compétences pratiques, et que les études de cas dans les manuels deviennent des expériences vécues, la compréhension mutuelle entre jeunes chinois et européens progresse, passant d’une simple impression abstraite à un souvenir concret de collaboration. Ce n’est qu’en permettant aux jeunes de coopérer côte à côte que l’avenir des relations entre la Chine et l’Europe pourra se renforcer et avoir un contenu humain plus fort.

Un nouveau chapitre sino-européen commun pour les jeunes 

Depuis les échanges épistolaires entre l’empereur Kangxi et le roi Louis XIV il y a plus de trois siècles, jusqu’à l’envoi de milliers de jeunes chinois en France au début du XXe siècle dans le programme « Travail-Études », en passant par les nombreuses éditions récentes de l’Année des échanges entre jeunes Chine-Europe et du Forum sur la coopération culturelle, les deux grandes civilisations ont toujours maintenu un dialogue intemporel, au-delà des frontières et des époques.

Lors de la visite du président chinois Xi Jinping en France en 2024, les échanges humains étaient au cœur des discussions. Que ce soit lors du Forum sur la coopération culturelle et humaine Chine-France où l’on a exploré les échanges mutuels entre civilisations, ou à travers l’exposition « De Beijing à Paris : Les artistes chinois et français sur le chemin des Jeux Olympiques », qui raconte les histoires des deux pays à travers le sport et l’art, ou encore au Dialogue des jeunes Chine-France : Comprendre la modernisation à la chinoise, où les jeunes ont débattu des voies de modernisation et de la gouvernance mondiale, la présence des jeunes était omniprésente.

António Guterres, le Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que le multilatéralisme reste le plus grand espoir de l’humanité face aux défis mondiaux. Et la question de savoir si le multilatéralisme pourra réellement s’enraciner dépend en grande partie des jeunes, de leur volonté de dépasser les stéréotypes, et de leur capacité à proposer des solutions constructives sur des enjeux internationaux complexes.

Mon expérience m’incite à l’optimisme. Lors des dialogues avec les jeunes, j’ai vu des chercheurs européens, après des études sur le terrain, réévaluer la modernisation à la chinoise ; lors de présentations de projets innovants, j’ai vu des jeunes entrepreneurs chinois discuter avec des mentors européens des modèles commerciaux et des normes éthiques ; dans les salles de classe des universités et dans les amphithéâtres de l’UNESCO, j’ai vu des jeunes de plus en plus nombreux utiliser différentes langues pour raconter la Chine, et aussi partager leur vision de l’Europe.

« Les relations entre les nations reposent sur l’amitié entre leurs peuples, et cette amitié dépend de la communion des cœurs. » Et le point de départ de cette communion des cœurs réside souvent dans la volonté des jeunes de faire ce premier pas : apprendre une langue étrangère, découvrir un pays inconnu, et, à travers l’expérience partagée de l’apprentissage, du travail et de la vie commune, transformer soi et autrui en un « nous » plus vaste et plus inclusif.

L’année 2025 a marqué le 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l’UE. À ce nouveau tournant de l’histoire, nous ne sommes pas seulement des lecteurs de l’histoire, mais aussi les auteurs du prochain chapitre. Les jeunes chinois et européens doivent pleinement exploiter le sentiment d’empathie que les échanges culturels font naître, et utiliser la créativité qu’une coopération technologique favorise, pour briser les barrières, parvenir à un bénéfice mutuel et créer ensemble un avenir véritablement durable.

Du moment que les jeunes chinois et européens établissent des amitiés par la compréhension et accumulent de la confiance à travers la coopération, la distance entre la Chine et l’Europe se réduira de plus en plus. Le chemin pour faire face ensemble aux défis mondiaux et protéger la paix et le développement s’élargira également. C’est là le chapitre commun que les jeunes chinois et européens écrivent actuellement, et qu’ils continueront d’écrire dans le futur.

*LU YU est professeur invité au département de chinois de l’Institut supérieur d’interprétation et de traduction de l’Université Paris Panthéon-Assas, et président exécutif de la zone Europe de l’Alliance des incubateurs franco-chinois (AIFC).

Numéro 25 juillet-septembre 2025
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