Société

La Chine sur la neige
By ZACHARY G. LUNDQUIST, membre de la rédaction | La Chine au présent | Updated: 2026-02-04 12:37:00

Comment l’engouement d’une nation pour la glace et la neige forge-t-il une nouvelle identité culturelle et alimente-t-il un boom économique de plusieurs milliers de milliards de yuans ? 

Un présentoir met en avant des produits spécialement développés pour les sports d’hiver à Harbin (Heilongjiang), le 7 avril 2023. 

Adriaan Smit ne conçoit plus sa vie sans le snowboard. À l’entendre évoquer les pistes avec une telle ferveur, on l’imaginerait originaire d’une région alpine. Pourtant, il a découvert la neige sur le tard.

Originaire d’Afrique du Sud, il s’est installé avec son épouse à Changchun (Jilin) en 2020 pour y enseigner. Avant une sortie scolaire au ski, le couple a décidé de s’initier en autodidacte. En à peine un mois, M. Smit a maîtrisé les bases, impressionnant ses collègues. Contraints de quitter la Chine deux ans plus tard pendant la pandémie, ils ont conservé leur passion pour la glisse. De retour en Chine à l’été 2024, ils se sont établis à Beijing. Leur premier arrêt ? Un magasin spécialisé, pour préparer leurs prochaines descentes.

Un parcours sur les pistes chinoises 

Depuis, M. Smit a sillonné les domaines skiables les plus prestigieux du pays, avec un coup de cœur pour la station Lake Songhua, dans la ville de Jilin (Jilin). Ce site phare réputé pour sa poudreuse de qualité, compte 50 pistes méticuleusement damées s’étendant sur 55 km, dont cinq sont homologuées pour les compétitions internationales. Avec ses remontées mécaniques d’une capacité de 22 000 personnes par heure, le domaine de 220 ha peut accueillir simultanément 15 000 skieurs. Pour l’enseignant, « c’est l’endroit parfait pour des vacances – on peut alterner entre journée de glisse et après-midi de golf indoor. »

« Avec le développement rapide des sports d’hiver, le ski, le snowboard et le patinage sont devenus des activités pour tous les âges », observe-t-il. « Au-delà des disciplines traditionnelles, les stations multiplient les options familiales comme la luge. Voir des familles entières s’approprier la neige est devenu monnaie courante. »

Le week-end, M. Smit se rend souvent avec des amis à Chongli, un arrondissement de Zhangjiakou (Hebei), à proximité de Beijing. Avec ses huit stations emblématiques, dont Wanlong (la première station de Chongli), Thaiwoo et Fulong, la région incarne à elle seule l’essor des sports d’hiver en Chine.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis l’attribution des Jeux olympiques d’hiver 2022 à Beijing, l’industrie de la glace et de la neige en Chine est passée de 270 milliards de yuans en 2015 à une estimation de 1 000 milliards de yuans en 2025. À l’échelle nationale, le nombre de stations de ski a plus que doublé, passant de 1 133 en 2018 à 2 678 fin 2024.

Lors de la saison hivernale 2024-2025, Chongli a accueilli plus de 5,2 millions de touristes, soit une augmentation de 18 % sur un an, avec la station de Wanlong attirant à elle seule plus de 560 000 visiteurs. Pour entretenir cette dynamique, les exploitants misent désormais sur une offre hybride mêlant sport, divertissement et compétitions.

Cet essor s’observe jusque sur les plateformes. Selon l’application de services Meituan, les recherches pour « ski à Chongli » ont augmenté de 169 % sur un an en novembre 2025. Un enthousiasme numérique qui se concrétise sur le terrain : les réservations touristiques à Zhangjiakou ont grimpé de 25 % sur la même période.

Des touristes s’amusent à transformer d’eau en glace à Ergun (Mongolie intérieure), le 23 décembre 2025. 

À l’origine de l’essor des sports d’hiver 

Aux portes montagneuses de Beijing se nichent treize stations de ski, formant un terrain de jeu enneigé pour les passionnés comme Liu Tong. Moniteur indépendant de snowboard basé à Beijing, il s’est pris d’intérêt pour le ski il y a dix ans grâce à des vidéos en ligne. Ce qui n’était alors qu’une étincelle de curiosité s’est rapidement transformée en une activité secondaire gratifiante.

« Les autorités ont contribué à l’essor du snowboard et du ski en proposant des séances d’initiation gratuites dans des écoles de l’arrondissement de Yanqing, éveillant l’intérêt des plus jeunes », explique-t-il. Porté par cette vague, Liu Tong partage désormais son temps entre le Centre national de ski alpin de Yanqing et la station de Wanlong dans la province voisine du Hebei.

Pour lui, l’engouement pour les sports d’hiver en Chine résulte d’une synergie entre volonté politique et modernisation des infrastructures.

« Au-delà du soutien gouvernemental, l’accès aux domaines skiables est devenu bien plus aisé. La qualité des équipements et des services a aussi été améliorée », souligne-t-il. Le rapport qualité-prix est également un argument de poids. Comme le constate M. Smit, « pour un tarif équivalent, les stations offrent aujourd’hui un nombre de pistes bien plus important et un éventail d’activités élargi, ce qui enrichit grandement l’expérience du visiteur ».

Patinoire sur le pont d’un cargo amarré dans le Bund du Nord à Shanghai, le 3 janvier 2026 

Une nouvelle culture hivernale 

L’engouement chinois pour les sports d’hiver s’étend désormais du nord au sud, forgeant une culture nationale autour de la neige et de la glace, et générant une véritable prospérité.

Dès octobre, la station de Koktokay a ouvert la saison au Xinjiang. Le 15 novembre, les domaines emblématiques du Jilin – Lake Songhua, Beidahu et Changbai Mountains Huamei – ont suivi. Cet hiver, le domaine skiable de Lake Songhua a ajouté

150 000 m² de pistes techniques, tandis que la station de Beidahu affichait déjà plus de 150 millions de yuans de préventes. À Beijing, le Centre national de ski alpin de Yanqing a accueilli 1 100 visiteurs le jour de son ouverture le 22 novembre, soit une hausse de 110 % sur un an.

À Harbin (Heilongjiang), le célèbre Monde de glace et de neige a été agrandi ; le Jilin stimule la consommation en distribuant cent millions de yuans de chèques-cadeaux thématiques ; le Liaoning combine le ski avec des bains thermaux ou des activités balnéaires. Des steppes de Mongolie intérieure aux confins du Ningxia, des dizaines d’événements célèbrent la saison. Même dans le sud, patinoires intérieures et neige artificielle rendent les sports d’hiver accessibles à tous.

L’hiver en Chine n’est plus une saison creuse, mais un temps de mouvement et de vitalité économique, unissant le pays dans une nouvelle passion hivernale.

Un nouvel horizon pour les sports d’hiver 

Pour observer l’essor du ski en Chine, La Chine au présent s’est rendu à la station de Wanlong le 31 décembre. Arrivés par train à grande vitesse, nous avons été conduits par une navette gratuite à la station, où nous avons obtenu nos forfaits en seulement vingt minutes.

Après un petit-déjeuner aussi varié qu’abordable, nous avons rencontré un snowboardeur de Wuhan qui travaille à Shanghai. « Je viens ici chaque hiver depuis deux ans », a-t-il expliqué. « Comparée à l’Europe, l’offre de restauration en station est plus riche et surtout accessible. »

Au sommet, un café-restaurant offrait un refuge salvateur face au thermomètre qui affichait -24 °C, avec une vue panoramique sur les vallées enneigées. Malgré le froid, les pistes ne désemplissaient pas. Pour la première fois, Wanlong proposait même du ski nocturne pour célébrer le réveillon.

Dans cette ambiance festive, une évidence s’imposait : sur les pentes de Chongli, les sports d’hiver sont en train de forger une nouvelle tradition, transformant l’hiver en une saison de vie et de prospérité.

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