Société

Retour vers la prospérité
By ANTONY HARDI* | La Chine au présent | Updated: 2026-01-30 14:43:00

Et si l’avenir se profilait au village natal ? Le pari gagnant d’une jeune entrepreneuse. 

La maison d’hôtes de Wang Ying conserve certains éléments originaux. 

L’histoire ne s’écrit pas dans le confort. Elle appartient à ceux qui allient jeunesse, conviction et courage. Le progrès naît de l’action, pas du rêve. Parfois, l’audace ne consiste pas à courir vers la ville, mais à revenir aux racines pour les faire renaître.

C’est l’histoire de Wang Ying, une jeune femme qui aurait pu rester en ville, mais a choisi de revenir vers les collines tranquilles et les forêts de bambous du village de Longshan, dans le bourg de Miaoxi, à Huzhou (Zhejiang). Son choix dépasse le parcours personnel : il marque un tournant pour les campagnes chinoises, où des talents reviennent s’investir.

Piscine extérieure 

Le choix du retour 

Diplômée de l’Université Gongshang du Zhejiang, Wang Ying occupait un emploi stable. Elle avait tout ce que recherchent de nombreux jeunes : un bon salaire et l’effervescence urbaine. Pourtant, une question l’obsédait : que devient le village qui l’a vue grandir lorsque tous les jeunes sont partis, laissant derrière eux des maisons vides, une culture affaiblie et des aînés isolés ?

Le tournant survient en 2017, lors d’un séjour dans une petite maison d’hôtes au Viet Nam. L’hospitalité et l’atmosphère du lieu lui rappellent sa région natale – les collines verdoyantes et les plantations de thé. Elle en est convaincue : Longshan peut offrir la même authenticité, pourvu que quelqu’un s’y investisse.

En 2018, elle démissionne et rentre dans son village. Si la nature était intacte, le village semblait figé : commerces silencieux, maisons désertées et opportunités rares. Elle aurait pu rebrousser chemin, mais elle s’est décidée à regarder vers l’avenir. Là où d’autres voyaient un déclin, elle a vu un projet à bâtir.

Chambre familiale 

Un regard tourné vers demain 

Wang Ying n’a pas vu les manques, mais le potentiel du village : sa terre, sa mémoire et sa convivialité rurale que les villes ne pourraient reproduire. Mais les ressources ne suffisent pas ; elles exigent vision, méthode et volonté.

De vieilles fermes pouvaient devenir des maisons d’hôtes accueillantes ; la culture séculaire du thé se prêtait à des expériences pour des visiteurs ; les villageois pouvaient retrouver des rôles d’hôte, d’artisan et de conteur.

Le changement exigeait toutefois plus que des idées : il nécessitait patience, dialogue et persuasion. Wang Ying a fait du porte-à-porte, écoutant chaque villageois pour comprendre ses attentes et en savoir plus sur ses compétences. De ce dialogue est née une confiance indispensable à la collaboration.

Vue extérieure 

Le renouveau du village 

Parmi les maisons abandonnées, un vieux bâtiment fissuré retenait son attention. Beaucoup de villageois passaient devant comme s’ils longeaient un souvenir. Wang Ying s’est arrêtée, imaginant sa réhabilitation en maison d’hôtes.

Elle a rassemblé artisans et villageois pour restaurer l’édifice dans le respect des techniques locales : murs de terre rejointoyés, poutres apparentes consolidées, cours égayées et végétalisées. L’inspiration est venue du Classique du Thé de Lu Yu : la maison est conçue comme une invitation à l’immersion, au ralentissement et au sentiment d’appartenance.

À l’ouverture en juin 2019, pas de grand discours, simplement du thé primeur sous les bambous. Wang Ying a partagé le projet sur le réseau social RedNote. Un toboggan, une piscine à débordement et une sérénité ambiante. Ses publications ont suscité un tel engouement que les réservations ont afflué avant même l’inauguration.

Aujourd’hui, des citadins de Hangzhou, Shang-hai ou encore Beijing viennent chercher le calme. Ils participent à des ateliers de thé, se promènent dans les forêts de bambous et découvrent l’artisanat local.

La prospérité n’a pas tardé à venir, irriguant toute la communauté. Les revenus de la maison d’hôtes profitent aux villageois, tisseurs, cuisiniers, femmes de ménage et conteurs.

Des anciens transmettent l’art du tressage de bambou ; des villageoises animent des ateliers de cuisine ou de couture ; même les légumes locaux retrouvent leur valeur. Le travail a ramené la dignité et le rire dans les cours. Miaoxi n’est plus un point oublié sur la carte, mais une destination qui mérite le voyage, l’investissement et – pour certains – le retour.

Wang Ying dans son village natal de Longshan 

L’agriculture comme identité 

Si le tourisme a insufflé une nouvelle énergie au village, l’agriculture reste son socle. Le thé, les pousses de bambou et les cultures saisonnières de Longshan, malgré leur abondance et leur qualité, étaient auparavant cédés pour une bouchée de pain aux intermédiaires. Wang Ying a transformé ces récoltes en produits de marque grâce à un emballage soigné et un contrôle qualité renforcé. L’agriculture n’est plus une simple subsistance ; elle a acquis une valeur esthétique et économique.

Cette renaissance a surtout changé la vie des aînés. Sortis de l’inactivité, ils sont devenus enseignants ou gardiens de la mémoire, rémunérés pour leur expertise plutôt que simplement sollicités en raison de leur âge.

À ce jour, les projets culturels et touristiques ont créé plus de 50 emplois permanents et plus de 3 000 emplois flexibles à Longshan. Le revenu annuel par habitant a augmenté de plus de 30 000 yuans. En 2024, les revenus collectifs du village ont atteint 1,38 million de yuans. Mais au-delà des chiffres, c’est la confiance retrouvée qui prime : le village n’est plus une impasse, mais un horizon.

Plus qu’un récit individuel, le parcours de Wang Ying esquisse l’avenir des campagnes chinoises : leur modernité ne réside pas dans une imitation de la ville, mais dans la pleine expression de leur identité. Son histoire nous rappelle que le progrès n’exige pas toujours de partir. Quand les jeunes reviennent aux racines, les villages s’épanouissent et, avec eux, la nation prospère.

*ANTONY HARDI est journaliste à China Report ASEAN. 

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