Société

Comprendre la vision chinoise sur la communauté de destin
By TOM FOWDY | Dialogue Chine-France | Updated: 2023-11-10 10:43:00

Une participante à la Conférence des entrepreneurs du Forum de « la Ceinture et la Route » pour la coopération internationale fabrique un masque de l’Opéra de Pékin.  (PHOTO : YU JIE) 

Fin septembre 2023, le Bureau de l’information du Conseil des Affaires d’État de la Chine a publié un livre blanc intitulé Une communauté mondiale d’avenir partagé : les propositions et les actions de la Chine. Le document appelle le monde à se serrer les coudes face à l’adversité en naviguant contre vents et marées vers une plus grande harmonie sur cette planète que nous appelons « maison ». Ce faisant, il dépeint la construction d’un monde ouvert, inclusif, propre et beau qui jouit d’une paix durable, d’une sécurité universelle et d’une prospérité commune, faisant de l’aspiration à une vie meilleure de la part des peuples une réalité.

Qu’est-ce qu’une « communauté de destin » ? Pourquoi la Chine continue-t-elle d’y faire référence et dans quel but ? Comme expliqué au début de l’article, l’avenir de l’humanité n’est pas un jeu à somme nulle. Nous vivons sur une même planète, partageons un même héritage et avons un seul avenir. De même, le monde moderne dans lequel nous vivons est de plus en plus intégré et interdépendant, ce qui signifie qu’aucun défi ou catastrophe à l’échelle mondiale ne se produit de façon individuelle sans créer de réaction en chaîne ou de conséquences pour toute l’humanité.

En plus du changement climatique, cela concerne également des questions telles que l’économie, la prospérité, la guerre, la paix et les épidémies, entre autres. Comme l’indique le livre blanc, la vision d’une communauté de destin prend en compte le bien-être de toute l’humanité. Elle repose à la fois sur l’observation du présent et sur une planification visionnaire de l’avenir.

Pourquoi est-elle de plus en plus importante ? Le document souligne qu’il y a un problème croissant de « pays hégémoniques en quête de suprématie ». Ces pays ne partagent pas une vision commune du monde décrite comme « gagnant-gagnant », ou la vision de « construire un monde de prospérité commune grâce à une coopération gagnant-gagnant ».

Au contraire, ils considèrent le monde comme un « jeu à somme nulle ». Ils décrivent les affaires mondiales comme une situation où certains pays « gagnent », et si ce n’est pas le cas, ils « perdent », aux dépens d’eux-mêmes et des autres. Ne croyant ni à la coopération ni à la paix, mais aux seuls intérêts personnels, ils cherchent, à tout prix, à maintenir leur domination en termes de capacités militaires et de technologie.

Avec cette mentalité, ces pays cherchent activement à freiner le développement d’autres pays, se procurant des avantages par le biais de la sanction, de l’embargo et du protectionnisme. Du fait de cette pensée hégémonique, les tensions mondiales ont atteint leur point le plus critique depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mais ce n’est pas le seul problème, la crise énergétique, la crise alimentaire et la crise de la dette s’intensifient. Il est urgent de mettre en place une gouvernance climatique mondiale, sachant que la transition vers un développement vert et bas carbone nécessite des efforts soutenus sur le long terme. En d’autres termes, s’il n’y a pas de coopération mondiale en raison des facteurs susmentionnés, les autres grands défis auxquels l’humanité est confrontée ne peuvent pas être résolus simultanément.

C’est pourquoi le livre blanc affirme qu’« aucune nation, aussi puissante soit-elle, ne peut tout faire seule ». Il appelle de toute urgence à la coopération mondiale, affirmant que ce n’est que lorsque tous les pays travailleront ensemble, aligneront les intérêts individuels sur ceux de tous et construiront véritablement une communauté mondiale de destin, que l’humanité pourra surmonter les crises actuelles pour avancer vers un avenir meilleur.

À cet égard, la Chine a présenté sa propre vision. Évitant ce qu’elle décrit comme une « mentalité de la Guerre Froide » et une « confrontation de blocs », elle a établi une feuille de route qui appelle les pays ayant des systèmes sociaux, des idéologies, des histoires, des cultures et des niveaux de développement différents à se réunir pour promouvoir des intérêts communs, des droits communs et des responsabilités communes dans les affaires mondiales. Dénonçant l’ancienne vision d’« alliance de groupes », elle a proposé une nouvelle approche des relations internationales, qui appelle tous les pays à se rassembler et, de surcroît, à établir une « coexistence harmonieuse » et un « mode de gouvernance mondiale respectueux de la diversité entre les pays ».

En résumé, la Chine estime que ses intérêts sont servis par un engagement accru avec le monde, par le biais d’une approche qui repose essentiellement sur la bonne volonté plutôt que sur l’antagonisme. Ce modèle contraste fortement avec l’approche de l’Occident qui, au cours des 400 dernières années, a dominé les affaires mondiales en s’appuyant sur le concept d’hégémonie, d’accaparement idéologique, d’exceptionnalisme, de conflit et d’exploitation d’autres pays pour rendre inégalitaires les formes de développement.

La Chine cherche à ouvrir une nouvelle voie vers un avenir qui englobe mieux les intérêts de toute l’humanité et envisage un monde intégré et, par conséquent, uni pour relever ses défis.

*TOM FOWDY est un analyste britannique en politique et relations internationales diplômé des universités de Durham et d’Oxford.

 

Numéro 17 juillet-septembre 2023
Le 3e Forum de « la Ceinture et la Route » pour la coopération internationale
Nuanshui : l'amélioration des sols porte ses fruits
James Ayala : l'homme qui murmure à l'oreille des pandas
Dix ans de « la Ceinture et la Route »
Liens