Société

Une assiette bien remplie
By LI XIAOYU | CHINAFRIQUE | Updated: 2022-07-04 14:40:00

Des villageois récoltent le blé dans les champs près du mausolée de Yongtai à Gongyi (Henan), le 1er juin 2022.     

Les effets du conflit entre la Russie et l’Ukraine, connues comme étant le « grenier de l’Europe », se font sentir sur la facture au supermarché. D’après le bulletin publié en mars par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’indice des prix alimentaires a bondi à un record historique. Il cote près de 30 % au-dessus des niveaux observés l’an dernier à la même époque et toujours bien au-dessus du record de 2011 qui prévalait jusqu’à présent. L’agence onusienne a mis en garde contre une hausse des prix alimentaires mondiaux pouvant atteindre 20 % dans le sillage de la crise. La sécurité alimentaire mondiale reste donc un sujet de préoccupation majeur. 

L’enjeu est aussi de taille pour la Chine, pays qui doit nourrir un cinquième de la population mondiale avec seulement 9 % des terres arables du monde et 6 % des ressources en eau douce de la planète. La sécurité alimentaire a, en effet, toujours constitué un objectif stratégique majeur de sa politique. En février, pour la 19e année consécutive, le gouvernement chinois a inscrit dans ses priorités politiques les sujets liés à l’agriculture, aux zones rurales et aux agriculteurs, sous forme de « document central n°1 ». Le Président Xi Jinping, lui, ne manque pas une occasion pour rappeler la portée de la sécurité alimentaire pour le développement national et le bien-être de la population. Selon le chef de l’État, il s’agit de l’un des intérêts suprêmes du pays et il est impératif de nourrir la Chine avec les produits de sa propre agriculture. 

Un niveau d’autonomie élevé 

« Si l’Ukraine et la Russie sont toutes deux d’importantes sources de produits et matières agricoles pour la Chine, l’impact de leur conflit sur le marché chinois des céréales fondamentales est pourtant limité », indique Qian Jingfei, chercheuse adjointe à l’Institut d’études sur l’économie et le développement agricole de l’Académie chinoise des sciences agricoles, à CHINAFRIQUE. D’après les statistiques de l’Administration générale des douanes, en 2021, la production céréalière chinoise a atteint plus de 680 millions de tonnes, dépassant le seuil de 650 millions de tonnes pour la 7e année consécutive. Son taux d’autosuffisance des trois céréales principales – le riz, le blé et le maïs – a excédé 98 %, se stabilisant à plus de 95 % de la consommation chaque année depuis 2005, ce qui répond à l’exigence d’autosuffisance céréalière de base. En termes plus précis, les importations chinoises de blé depuis la Russie ne représentaient que 0,5 % du total de ses importations. Si 30 % des importations chinoises de maïs proviennent d’Ukraine et de Russie, elles étaient plutôt destinées à la transformation des aliments pour animaux. 

Néanmoins, une montée des prix des céréales fourragères et des huiles végétales est prévue, selon les estimations de la chercheuse. En effet, le pays a importé 3,21 millions de tonnes d’orge depuis l’Ukraine l’an dernier, soit 26 % du total de ses importations ; sur 1,27 million de tonnes d’huile de tournesol importées par la Chine en 2021, 890 000 tonnes proviennent d’Ukraine, et 360 000 tonnes de Russie. 

Le conflit risque également d’augmenter le coût des matières agricoles, prévoit l’experte. En Chine, les engrais et l’exploitation mécanique représentent plus du tiers du coût total de la production céréalière. L’an dernier, le pays a importé 30 % de ses engrais potassiques depuis la Russie, principal producteur et exportateur d’engrais au monde. La pénurie d’approvisionnement sur le marché mondial des engrais due à la crise fera grimper les prix des engrais, réduisant les revenus issus de l’activité agricole. 

Une réponse ferme  

Comme les analyses précédentes le révèlent, si la Chine maintient un niveau d’autonomie alimentaire élevé, elle s’appuie dans une certaine mesure sur le marché international pour garantir son approvisionnement. Le pays a importé 165 millions de tonnes de céréales l’an dernier, devenant le premier importateur mondial. Le soja constitue l’essentiel de ses importations agricoles, atteignant 96,5 millions de tonnes, avec un taux de dépendance à l’égard des importations d’environ 90 %. 

Face aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale, le Président Xi a réitéré la nécessité de stabiliser le secteur agricole et d’assurer la sécurité alimentaire du pays lors des Deux sessions de cette année. « Nous ne devons pas penser qu’avec l’industrialisation, la nourriture n’est plus une question importante. Nous ne devons pas non plus compter sur le marché international pour la résoudre. Il faut poursuivre la politique axée sur l’autosuffisance nationale et complétée par l’importation », a-t-il déclaré. Ainsi, il a appelé à redoubler d’efforts pour optimiser la répartition géographique et stabiliser la production céréalière fondamentale, tout en élargissant celle de soja et d’oléagineux. 

En réponse à cet appel, le ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales a publié, en avril, un plan d’action sur l’expansion de la plantation de soja et d’oléagineux. Selon le plan, le pays plantera cette année plus de 973 300 hectares de soja et 300 000 hectares d’oléagineux, dont du colza, du tournesol et des arachides, dans des fermes appartenant à l’État, situées principalement dans le nord-est du pays. En même temps, un projet de plantation de bandes de soja et de maïs sera mis en œuvre à titre d’essai dans 16 provinces du pays cette année. 

De son côté, le ministère des Finances a émis, en mars, un fonds de 20 milliards de yuans (2,95 milliards de dollars) pour subventionner les producteurs de céréales. Ceci afin d’atténuer l’impact de la hausse des dépenses de plantation causée par l’augmentation du prix des matières agricoles et de mobiliser l’enthousiasme des agriculteurs pour la culture céréalière. 

  

Une conception globale de l’alimentation 

Si le Président Xi insiste beaucoup sur l’importance d’assurer une production céréalière annuelle supérieure à 650 millions de tonnes et de maintenir la « ligne rouge » des 120 millions d’hectares de terres cultivées, il souhaite également plaider pour une vision globale de l’alimentation. 

Selon Cheng Guoqiang, professeur d’études agricoles à l’Université Tongji de Shanghai, alors que le PIB par habitant de la Chine a franchi 10 000 dollars, la demande de céréales du pays devrait diminuer à l’avenir, avec une augmentation correspondante de la demande de produits de l’élevage, notamment la viande, les œufs et le lait, comme on le voit dans les pays développés d’Asie comme le Japon et la République de Corée. 

Ces changements de la structure alimentaire ont incité le gouvernement à mener la réforme structurelle de l’offre dans le domaine agricole depuis 2014, pour améliorer la qualité nutritionnelle des aliments au lieu de chercher uniquement à augmenter la production céréalière. La conception globale de l’alimentation a été avancée pour la première fois lors d’une conférence sur le travail rural à Beijing en 2015, avant d’être inscrite dans le « document central n°1 » l’année suivante, comme un volet primordial de la réforme de l’offre. Lors des Deux sessions de cette année, le Président Xi a réitéré son importance pour répondre aux aspirations de la population à une alimentation toujours plus diversifiée. 

D’après lui, il est indispensable d’assurer simultanément l’offre des céréales et l’approvisionnement effectif de divers aliments, dont la viande, les légumes, les fruits et les produits aquatiques, tous étant indispensables. « Tout en menant à bien la protection de l’environnement, nous devons concentrer nos efforts non seulement sur les ressources des terres cultivées, mais aussi sur les ressources territoriales dans leur ensemble », a déclaré le Président. « Il faut exploiter des ressources biologiques plus diversifiées à partir des cultures traditionnelles et des élevages de bétail et de volaille, et nous procurer de la protéine d’origine végétale, animale et microbienne. » 

La récolte du blé de haute qualité dans le village de Zhongfang, à Shehong (Sichuan), le 16 mai. (CNSPHOTO)     

La lutte contre le gaspillage alimentaire 

Que la récolte soit bonne ou mauvaise, la sécurité alimentaire, priorité politique en Chine, se traduit par une politique agricole forte et quantités d’actions concrètes au quotidien. La campagne anti-gaspillage alimentaire en est un exemple. Lancée par le Président Xi depuis la mi-août 2020, celle-ci a pour objectif de trouver un équilibre entre l’urbanisation rapide et la sécurité alimentaire, à un moment où la Chine promeut un « développement vert et durable ». 

Désormais, les professionnels de la restauration à travers le pays prennent des initiatives pour inciter, récompenses à la clé, leurs clients à finir leurs plats, à limiter le volume des commandes ou à réduire les portions. 

« Compte tenu de ses terres cultivables limitées et de son immense population, il est difficile pour la Chine d’augmenter considérablement sa production alimentaire de manière continue », explique Cheng Guangyan, directrice du Centre de recherche en politiques sur l’alimentation animale et la nutrition de l’Institut d’études sur l’alimentation et la nutrition (IFND), à CHINAFRIQUE. « Il est donc nécessaire d’adapter notre mentalité traditionnelle et de prévenir les pertes et gaspillages alimentaires, de la récolte au transport, du stockage à la transformation, tout ceci jusqu’à l’assiette. » 

Les Nations unies ont elles aussi identifié la réduction des pertes et gaspillages alimentaires comme l’un des objectifs du développement durable, visant à réduire de moitié le gaspillage par habitant d’ici 2030 et les pertes alimentaires tout au long de la chaîne industrielle. 

Selon les estimations de l’IFND, les pertes alimentaires atteignent 237 millions de tonnes en Chine chaque année, avec un taux de 14,7 %, un niveau proche de la moyenne mondiale (13,8 %), inférieur à celui en Asie du Sud et en Asie centrale (20,7 %), et supérieur à certains pays développés comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande (5,8 %). Un total de 90 à 140 millions de tonnes de pertes alimentaires est susceptible d’être réduit par an, ce qui correspond à 55 millions de tonnes de céréales, permettant de nourrir 120 millions de personnes pendant un an. 

« Les 15 prochaines années représentent une période critique pour faire avancer la stratégie “Chine saine” et la modernisation de notre système agricole », analyse Mme Cheng. « Face à des fragilités accrues des ressources et à une demande croissante de la population, une intensification des efforts visant à prévenir et à réduire les pertes et gaspillages alimentaires apporterait de nombreux avantages économiques et environnementaux qui contribueront, à terme, à construire un pays socialiste moderne de manière globale. » 

Numéro 11 janvier-mars 2022
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