Société

Retour à la ferme
By HU FAN | CHINAFRIQUE | Updated: 2022-07-04 15:55:00

 

Un agriculteur nourrit ses poulets dans son verger de kumquat dans un village de Lingchuan, dans la région autonome zhuang du Guangxi, le 28 octobre 2021. (XINHUA)    

Jiang Hui se trouve dans une situation unique dans son village de la ville d’Anlu (Hubei). L’homme de 38 ans est le dernier de sa génération à vivre encore dans le village. « Je ne connais aucun adulte plus jeune que moi, non seulement dans ce village, mais également dans tous les villages voisins », dit-il à CHINAFRIQUE. 

Avant de s’impliquer dans l’agriculture, M. Jiang a travaillé pendant plus de six ans pour une entreprise de construction au Soudan et en Angola. Quand il a décidé qu’il était temps de revenir chez lui en Chine, il a investi ses économies dans la construction d’une ferme porcine dans son village natal. Choix exceptionnel parmi ses pairs, qui eux ont presque tous préféré aller gagner leur vie en ville. 

Il y a un an, M. Jiang a loué la ferme porcine qu’il a exploitée durant neuf ans pour se lancer dans un nouveau projet de plantations. Il a réussi à louer environ 50 mu (3,33 hectares) de champs destinés à la culture et a terminé la construction des infrastructures d’irrigation et de transport à temps pour le début de la saison de plantation du riz. 

Son mode de vie est très différent des autres habitants de son village, qui sont essentiellement des personnes de la génération de son père. Ils ont maintenu un mode de vie rural traditionnel autosuffisant, gérant plusieurs mu de terres et quelques animaux d’élevage. 

Ce village est un exemple typique de la Chine agraire. En effet, avec l’exode rural de ces dernières années, les jeunes générations ont transféré la responsabilité de la production agricole aux plus anciens. La préoccupation majeure en Chine est actuellement de savoir qui produira de la nourriture pour les 20 % de la population mondiale lorsqu’ils seront à la retraite.    

Arrivée de nouveaux acteurs 

En Chine, les terres arables d’un village sont attribuées aux ménages qui cultivent leur part de terre en tant qu’entrepreneurs indépendants. À la suite d’une réforme cruciale qui a eu lieu il y a plus de 40 ans, cette politique a permis aux agriculteurs chinois de se nourrir et de nourrir le reste de la population chinoise. 

Apparemment, ce système n’est plus attrayant pour celles et ceux qui peuvent trouver un emploi en ville. Il arrive souvent que le rendement annuel des terres allouées à une famille est inférieur au revenu d’un seul membre de la famille travaillant pendant un mois dans une usine. Lorsqu’un ménage manque de temps ou de motivation pour cultiver sa terre, cette dernière n’est pas cultivée. 

Une solution clé à ce problème est l’introduction de nouveaux types d’organisations agricoles, comme les coopératives, les entreprises agricoles et les exploitations familiales. Selon un document publié par le ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales en mars, l’incubation et le développement de ces nouveaux types d’organisation sont une tâche majeure de l’année. 

Il s’agit de permettre un niveau moyen d’exploitation  à grande échelle, sans changer fondamentalement la politique. Les villageois peuvent confier leurs droits d’utilisation des terres ou sous-traiter certaines tâches de production agricole à des coopératives ou à des entreprises agricoles. Cela a permis aux agriculteurs de décider dans quelle mesure ils veulent être impliqués et bénéficier de la culture de leurs terres. 

D’après Zhu Qizhen, directeur de l’Institut des problématiques agricoles de l’Université d’Agriculture de Chine, les fermes familiales sont une forme idéale d’organisation pour le développement durable de l’agriculture chinoise. Les fermes familiales peuvent être définies comme une grande quantité de terres exploitées de façon régulière par des familles dont les moyens de subsistance et revenus dépendent des rendements de la terre elle-même. 

Ce que M. Jiang fait avec les terres qu’il a contractées peut certainement être classé dans la définition d’une ferme familiale. Les terrains, autrefois attribués à différents ménages pour être exploités, sont essentiellement regroupés et ils ont été donnés en location à long terme. Ceci lui a permis d’investir dans des infrastructures d’irrigation et de transport, et de planifier sur le long cours. 

Le directeur Zhu est convaincu que ces fermes bénéficient de multiples avantages. Par la superficie des terres, les agriculteurs peuvent mieux bénéficier de l’utilisation de technologies modernes et sont plus motivés pour adhérer à des coopératives et profiter de leurs avantages. Enfin, ils développeront un attachement à leur terre et la protégeront d’autant mieux. 

En particulier, à l’aide de machines et de technologies modernes, l’échelle de la propriété foncière permet de dégager un profit compétitif, par rapport au travail dans les villes, incitant ainsi les agriculteurs expérimentés à se concentrer sur l’agriculture et les jeunes qui ont une passion pour l’agriculture à revenir au village pour commencer une carrière agricole. Mieux encore, cela peut faire l’objet d’héritage aux générations futures. 

Un agriculteur repique des plants de riz dans un village d’Anshan, dans la province du Liaoning, le 17 mai. (XINHUA)    

Essentiel pour l’avenir 

La migration de la population rurale vers les zones urbaines n’est pas une menace imminente pour la sécurité alimentaire de la Chine. Elle a en fait créé les conditions pour le développement de nouveaux moyens de production agricole, tels que les grandes exploitations familiales. Cependant, M. Zhu a déclaré à CHINAFRIQUE qu’une meilleure mise en œuvre des politiques nationales et un soutien accru aux agriculteurs étaient nécessaires pour susciter l’intérêt des jeunes. 

« Nous n’avons pas en ce moment de menace immédiate pour la sécurité alimentaire, parce que cette génération plus âgée d’agriculteurs travaille toujours. Mais que se passera-t-il quand ils prendront leur retraite ? » Il note que certains agriculteurs qui tentent de construire de grandes fermes sont confrontés à l’augmentation du coût des loyers, ce qui entrave également leur volonté d’investir ultérieurement dans des infrastructures essentielles telles que les puits. L’accès aux financements est aussi difficile, car les agriculteurs ne peuvent pas utiliser les terres louées comme garantie. 

M. Zhu pense qu’il est nécessaire de mettre en œuvre au niveau national une politique facilitant l’augmentation des exploitations agricoles. « Si elle est correctement mise en œuvre, une ferme familiale devrait être en mesure de subvenir aux besoins permanents d’une famille. C’est la condition préalable au plein emploi dans l’exploitation agricole et donc d’assouvir la volonté de la jeune génération pour prendre la relève à l’avenir », souligne-t-il. 

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