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Sur fond de crise de confiance avec les Etats-Unis, l'Europe prépare un "réveil stratégique"
Xinhua | Updated: 2026-02-03 11:20:00

Le président français Emmanuel Macron (au centre) rencontre la Première ministre danoise Mette Frederiksen (à droite) et le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen au palais de l'Elysée, à Paris, en France, le 28 janvier 2026. (Xinhua/Henri Szwarc)

Le président français Emmanuel Macron a déclaré le 28 janvier, à la suite d'une rencontre avec les dirigeants danois et groenlandais à Paris, que les tensions avec les Etats-Unis autour du Groenland constituaient un "réveil stratégique" pour l'ensemble de l'Europe. 

"Les événements récents confirment que la situation au Groenland est un appel au réveil stratégique pour toute l'Europe, sur l'affirmation de notre souveraineté européenne, sur notre contribution à la sécurité de l'Arctique, sur la lutte contre les ingérences étrangères et la désinformation, sur la lutte contre le réchauffement climatique et sur un partenariat privilégié de développement durable et de réduction des dépendances stratégiques", a précisé M. Macron. 

Ces dernières semaines, les émotions sont vives en Europe après les menaces militaires et tarifaires du président américain Donald Trump et sa minimisation des contributions apportées par les troupes alliées en Afghanistan. Le 22 janvier, en marge de sa participation à Davos en Suisse au Forum économique mondial (FEM), M. Trump a déclaré à Fox Business que les Etats-Unis n'avaient jamais eu besoin de soldats non américains. 

"Nous n'avons jamais eu besoin d'eux. Nous ne leur avons jamais vraiment rien demandé. Vous savez, ils diront qu'ils ont envoyé des troupes en Afghanistan ou ceci ou cela. Et ils l'ont fait. Mais ils sont restés un peu en retrait, un peu en dehors des lignes de front", a-t-il affirmé. 

Ces propos ont indigné les dirigeants européens. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a dénoncé cette déclaration de M. Trump comme "insultante et franchement consternante", les forces britanniques ayant subi des pertes lors de la guerre menée par les Etats-Unis en Afghanistan. 

Pour sa part, le Premier ministre polonais Donald Tusk a également critiqué ces propos de M. Trump dans un message publié sur les réseaux sociaux, soulignant que son pays avait lui aussi perdu des soldats en Afghanistan. 

Cette controverse fait suite à un différend tendu avec les dirigeants européens au sujet du Groenland, après que M. Trump eut déclaré qu'une action militaire serait une option possible dans sa tentative d'acquérir cette île située en grande partie dans l'Arctique, un territoire autonome au sein du royaume du Danemark. 

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a déclaré que si les questions de sécurité, d'investissement et d'économie pouvaient faire l'objet de négociations, "nous ne pouvons pas négocier notre souveraineté". Dans le même temps, les dirigeants européens ont dénoncé toute agression militaire contre le Groenland comme du "néocolonialisme". 

Bien que le président américain ait abandonné plus tard sa position dure, déclarant qu'il ne préconisait plus le recours à la force militaire et renonçait à menacer d'imposer des droits de douane plus élevés aux pays européens, la confiance s'effrite entre son pays et l'Europe. 

Selon The Brussels Times, "la tempête qui s'est abattue sur le Groenland s'est peut-être calmée pour l'instant, mais les relations entre l'Europe et Donald Trump restent tendues (...) Il est donc temps d'accélérer les plans visant à réduire la dépendance militaire, économique et technologique de l'Europe vis-à-vis de l'Amérique de Trump et à établir de nouveaux partenariats avec des puissances partageant les mêmes idées". 

REVEIL DE L'EUROPE 

Le 28 janvier, le commissaire à l'Energie de l'Union européenne (UE) Dan Jorgensen a affirmé que l'UE, qui a remplacé en grande partie ses achats de gaz russe par du gaz naturel liquéfié (GNL) américain, commence à s'inquiéter de cette nouvelle dépendance aux Etats-Unis et doit songer à diversifier ses approvisionnements. 

"Il y a une inquiétude grandissante (...) Les bouleversements géopolitiques consécutifs à la crise au Groenland ont (...) servi de signal d'alarme", a-t-il dit, en ajoutant que les répercussions de cette crise poussaient l'UE à trouver d'autres pays dans le monde capables de lui fournir du GNL, pour qu'elle puisse diversifier ses approvisionnements. Elle discute notamment avec le Canada, le Qatar et l'Afrique du Nord, a-t-il détaillé. 

Selon des informations de NBC News, dans un contexte d'escalade des tensions entre l'Europe et les Etats-Unis, les appels en faveur d'une "autonomie nucléaire" au sein de l'Europe se font de plus en plus pressants. De hauts responsables européens ont exprimé leurs doutes quant à la fiabilité du parapluie nucléaire américain. Les dirigeants européens débattent actuellement de l'opportunité de s'appuyer davantage sur la France et le Royaume-Uni, dotés d'armes nucléaires, plutôt que sur les Etats-Unis, voire de développer leur propre arme nucléaire. 

Emma Belcher, présidente de Ploughshares Fund, une organisation américaine de non-prolifération nucléaire, a affirmé que cela découlait d'une crise de confiance sévissant actuellement en Europe. Elle a expliqué qu'au cours des dernières décennies, le système de dissuasion mis en place par les Etats-Unis pour leurs alliés s'était révélé efficace. Cependant, le défi actuel réside dans le fait que ce système ne peut fonctionner que si les alliés croient en la sincérité des engagements américains, et il existe actuellement un manque évident de confiance mutuelle entre l'Europe et les Etats-Unis. 

Le journal autrichien Der Standard a rapporté le 26 janvier que, compte tenu de l'escalade des différends entre l'Europe et les Etats-Unis, l'Europe, fortement dépendante des services technologiques américains, accélérait ses efforts en faveur de la "souveraineté numérique" afin de se prémunir contre d'éventuelles interruptions des services des géants technologiques américains ordonnées par le gouvernement américain. 

L'administration française a déclaré le même jour qu'elle s'apprêtait à abandonner deux célèbres logiciels américains de communication professionnelle pour un équivalent français à partir de 2027. "L'objectif est de mettre fin à l'usage de solutions non européennes et de garantir la sécurité et la confidentialité des communications électroniques publiques en s'appuyant sur un outil puissant et souverain", a déclaré David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat. Selon France 24, cette décision française intervient alors que le débat autour de la dépendance à la technologie américaine se fait de plus en plus vif en Europe. 

Une enquête menée précédemment par le groupe de réflexion international European Council on Foreign Relations montre que seuls 16% des Européens considèrent les Etats-Unis comme un allié partageant leurs valeurs, contre 21% en 2024. De plus, 20% des Européens perçoivent les Etats-Unis comme un adversaire ou un ennemi. 

 

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