Monde

Jeux olympiques d'hiver de Beijing: une leçon pour le monde
By MARTIN JACQUES | La Chine au présent | Updated: 2022-02-15 10:36:00

Feux d'artifice lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Beijing 2022, à Beijing, capitale chinoise, le 4 février 2022. (Photo : Li Ga/Xinhua) 

2022 n’est pas 2008. Il y a quatorze ans, l’Occident se réchauffait en Chine, plaçant des attentes croissantes dans leur relation. Depuis, la chaleur s’est dissipée en un frisson glacial. La Chine ne s’est pas occidentalisée comme les États-Unis l’attendaient et l’exigeaient. Pire encore, la première citée s’est renforcée alors que les seconds se sont affaiblis. En 2016, les États-Unis, déçus que leurs espoirs ne se soient pas concrétisés, se sont retournés contre la Chine et ont cherché à l’ostraciser. Les Jeux olympiques d’hiver de Beijing 2022 se jouent dans une atmosphère très différente des JO d’été de 2008. Nul doute que les États-Unis souhaitaient qu’ils n’aient pas lieu du tout. Mais il n’y avait rien qu’ils puissent faire à ce sujet, alors, ils ont recouru au « boycott diplomatique ». Et cela s’est avéré être un pétard mouillé. Qui se soucie vraiment de savoir si des diplomates américains sont présents ou non ? Bien sûr, cela aurait été mieux qu’ils soient là, mais le prix de leur absence est très faible. C’est un geste faible, rendu d’autant plus faible que ce boycott a attiré remarquablement peu de partisans : quatorze au total.

L’appel en lui-même est aussi révélateur que le nombre pitoyable de partisans. Seuls quatre membres de l’Union européenne l’ont soutenu (trois autres pays n’ont pas envoyé de représentants gouvernementaux, mais à cause du COVID-19). L’Allemagne et la France ont refusé de se joindre au boycott. La Nouvelle-Zélande a avancé le COVID-19 comme raison pour ne pas dépêcher de représentants du gouvernement, tandis que le Japon a refusé d’envoyer des représentants gouvernementaux, mais avait sur place des responsables olympiques. Le boycott américain est proche du non-événement : sans les pays anglophones, il serait presque invisible. Si les Jeux olympiques d’été de 2008 ont marqué l’entrée spectaculaire de la Chine sur la scène mondiale, les JO d’hiver de 2022 témoignent de l’extraordinaire déclin de l’influence américaine sur les quatorze ans qui séparent les deux événements. Si d’autres preuves du déclin des États-Unis sont nécessaires dans ce contexte, souvenez-vous des JO d’été de Moscou en 1980 lorsque, au plus fort de la Guerre froide, l’Amérique avait organisé un boycott complet – athlètes inclus – qui avait rallié 66 pays.

Tout cela nous en dit bien plus sur la nature du monde post-2017. Sur trois points, plus exactement. Premièrement, l’éloignement des États-Unis et de la Chine sera de longue durée. Cinq ans ont passé et le débours est toujours en cours ; donc pas moins de dix ans, et, ce qui ne me surprendrait pas, plutôt 20 à 30 ans. Le schisme croissant fissure de plus en plus le tissu mondial. Deuxièmement, le déclin des États-Unis continue à un rythme soutenu, il semble hautement probable qu’il se poursuive et il s’accélérera sans doute. Comme l’illustre l’échec du boycott, les États-Unis battent de l’aile, maquillant la situation au fur et à mesure. Troisièmement, lorsque cette ère s’achèvera – comme cela finira par arriver, peu importe quand – il n’y aura pas de retour au statu quo ante ou, si vous préférez, à la situation de 2016. Le monde sera très différent. Ce sera toujours « un seul » monde, mais dans un sens plus vague, car dominé par deux sphères d’influence, l’une chinoise, l’autre américaine, la première devenant de plus en plus dominante.

La délégation chinoise entre dans le Stade national lors de la cérémonie d’ouverture des JO d’hiver de Beijing, le 4 février 2022. 

Il y a une autre raison pour laquelle les Jeux olympiques d’hiver de 2022 sont très différents des JO d’été 2008. Je ne pense pas ici à la pandémie, même si, bien sûr, elle implique un événement d’un genre fondamentalement différent. Le fait est que les JO d’hiver sont une compétition d’une échelle beaucoup plus modeste que ceux d’été : ils comptent beaucoup moins d’athlètes, beaucoup moins de disciplines, et ils attirent moins l’attention mondiale. La situation de la Chine est également intéressante. Elle a beaucoup moins d’expérience en matière de Jeux olympiques d’hiver et est traditionnellement moins présente dans les sports d’hiver. La Chine ne peut pas se comparer aux géants nord-américains et nord-européens des JO d’hiver, tels que les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, la Suisse et la Norvège, tandis que pour sa grande entrée en scène en 2008, elle pouvait non seulement entretenir l’idée de remporter plus de médailles d’or que n’importe quel autre pays, et elle atteint cet objectif. En 2022, c’est impossible. Mais la vie – pour les nations comme pour les individus – ne consiste pas toujours à arriver en tête, il s’agit davantage d’aller de l’avant. La Chine est familière avec cet état d’esprit. C’est, après tout, son histoire depuis 1978.

En réalité, il est assez remarquable que la Chine se soit lancée dans l’arène pour l’organisation des Jeux olympiques de 2022, tant le défi était intimidant. Non seulement a-t-elle été confrontée au challenge de créer, en partant plus ou moins de zéro, les infrastructures nécessaires à l’événement (tâche rendue plus difficile encore par la pandémie), mais portée par l’esprit typiquement chinois de « ne jamais faire les choses à moitié », elle a vu les JO comme une opportunité de transformer les régions montagneuses reculées du pays en stations de sports d’hiver : 400 ont été construites entre 2014 et 2017, avec un objectif de 800 cette année.

Si l’histoire des Jeux olympiques de 2008 concernait Beijing et sa nouvelle modernité, l’histoire de ces Jeux d’hiver est celle de la fracture ville-campagne de la Chine et du défi de transformer certaines des régions les plus pauvres et les plus reculées du pays, ainsi que de leur fournir des infrastructures de transport de pointe assurant leur connexion avec le reste de la Chine. C’est là que se trouve la leçon pour le monde.

*MARTIN JACQUES était jusqu’à récemment chercheur au Département de politique et d’études internationales de l’Université de Cambridge. Il est professeur invité à l’Institut des relations internationales modernes de l’Université Tsinghua et chercheur à l’Institut de Chine de l’Université Fudan.

 
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