L’année 2025 marque le 80ᵉ anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise et de la Guerre mondiale antifasciste, ainsi que le 80ᵉ anniversaire de la fondation des Nations Unies. Elle coïncide également avec le 50ᵉ anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l’Union européenne (UE). Dans une année aussi importante, qui relie le passé à l’avenir, le présent Forum Chine-UE, placé sous le thème « Renforcer la coopération Chine-UE : apporter davantage de stabilité et de prévisibilité au monde », arrive à point nommé et revêt une grande signification.

Le « Höegh Sunlight », le plus grand et le plus écologique des navires rouliers de transport de véhicules au monde, charge 1 770 MG du groupe SAIC à destination de grands ports européens pour son voyage inaugural à l’exportation depuis le port de Lianyungang (Jiangsu), le 17 janvier 2025.
Le monde connaît aujourd’hui des changements et des turbulences. La Chine et l’UE, en tant que deux grandes forces favorisant un monde multipolaire, deux grands marchés soutenant la mondialisation et deux grandes civilisations prônant la diversité, voient leurs relations revêtir une importance stratégique et une influence mondiale accrues. À cet égard, j’aimerais partager quelques réflexions.
Assurer la bonne orientation des relations Chine-UE
La Chine et l’UE doivent suivre les importants consensus dégagés par les dirigeants des deux parties afin de garantir la bonne direction du développement de leurs relations.
En juillet de cette année, le Président chinois Xi Jinping s’est entretenu avec le Président du Conseil européen, António Costa, et la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de leur visite conjointe en Chine. Ils ont procédé à des échanges approfondis sur le développement des relations Chine-UE et sont parvenus à d’importants consensus, indiquant la voie à suivre et offrant une orientation stratégique à ces relations. Le Premier Ministre chinois Li Qiang a co-présidé, avec les deux dirigeants européens, le 25ᵉ Sommet Chine-UE, qui a abouti à des résultats positifs et donné une forte impulsion au développement des relations bilatérales. Les deux parties ont publié la Déclaration conjointe des dirigeants Chine-UE sur la lutte contre le changement climatique.
Depuis le début de l’année, la Chine et l’UE ont en outre tenu une nouvelle session du dialogue stratégique de haut niveau et du dialogue de haut niveau sur l’environnement et le changement climatique, la 42ᵉ réunion du mécanisme d’échanges réguliers entre les institutions législatives chinoise et européenne, un dialogue « optimisé » sur le contrôle des exportations, et d’autres échanges sectoriels.
La tâche principale des deux parties consiste désormais à mettre en œuvre plus rapidement les importants consensus et les résultats des rencontres entre les dirigeants. Il s’agit de saisir les opportunités, de gérer adéquatement les divergences et les frictions, et de promouvoir un développement sain et stable de leurs relations.
Poursuivre le respect et la confiance mutuels
Si nous jetons un regard rétrospectif sur les 50 années de développement des relations bilatérales, plusieurs expériences importantes peuvent en être tirées. L’essentiel réside dans le respect des systèmes sociaux et des voies de développement choisis par leurs peuples respectifs, ainsi que dans le respect des intérêts fondamentaux et des préoccupations majeures de chacun.

Des influenceurs européens découvrent le patrimoine culturel immatériel chinois à Quanzhou (Fujian), le 6 décembre 2025.
La Chine et l’Europe se trouvent aux deux extrémités du continent eurasiatique ; elles n’ont ni conflit d’intérêts fondamental, ni contradiction géopolitique. Leurs différences, qu’il s’agisse du système social, de l’idéologie, de l’histoire et de la culture, ou du niveau de développement, doivent constituer des moteurs d’échanges, d’apprentissage mutuel et de coopération renforcée, et non des raisons ou des prétextes à l’opposition et à la confrontation. Les consensus entre la Chine et l’UE sont bien plus nombreux que les divergences ; la coopération l’emporte largement sur la compétition. Les deux parties sont des partenaires, non des rivaux, et encore moins des ennemis. Partager les mêmes idées fait des partenaires ; rechercher des points communs malgré les différences en fait tout autant.
La Chine considère depuis toujours ses relations bilatérales avec l’UE d’un point de vue stratégique et à long terme. Elle voit l’Europe comme un pôle important dans un monde multipolaire, et soutient son processus d’intégration, son autonomie stratégique,ainsi que son rôle accru dans les affaires internationales et régionales.
La question de Taiwan touche à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine ; elle constitue le cœur des intérêts fondamentaux de la Chine et représente une ligne rouge à ne pas franchir. Le principe d’une seule Chine est un consensus largement partagé par la communauté internationale et une règle fondamentale des relations internationales ; il est aussi le préalable et la base de l’établissement et du développement des relations diplomatiques entre la Chine et l’UE. La Chine exhorte l’UE à respecter strictement le principe d’une seule Chine, à adopter une position juste sur les questions liées à Taiwan, au Xinjiang, au Xizang, à Hong Kong et aux droits de l’homme, qui touchent aux intérêts fondamentaux et aux préoccupations majeures de la Chine, et à respecter et soutenir ses intérêts et préoccupations essentiels.
Approfondir la coopération pragmatique pour un avenir mutuellement bénéfique
Dans le domaine économique et commercial, la Chine et l’UE doivent gérer de manière appropriée les divergences et frictions commerciales, et continuer d’élargir le champ de leur coopération pragmatique.
Depuis le début de l’année, face à une conjoncture mondiale marquée par une forte montée d’instabilité et d’incertitude, la coopération pragmatique Chine-UE dans les domaines économique et commercial continue néanmoins d’afficher une croissance stable. Selon les statistiques chinoises, le commerce entre la Chine et l’UE a atteint 614,2 milliards de dollars américains de janvier à septembre, soit une hausse de 4,3 %. Selon les statistiques européennes, de janvier à août, les échanges commerciaux bilatéraux se sont élevés à 496,3 milliards d’euros, en hausse de 3,4 %. À ce jour, le stock des investissements bilatéraux dépasse 280 milliards de dollars, et le nombre cumulé de liaisons des trains express Chine-Europe a dépassé 110 000 trajets. La croissance de la coopération économique et commerciale témoigne pleinement du caractère complémentaire et mutuellement bénéfique de cette coopération pragmatique, ainsi que de sa résilience et de sa vitalité. Cette situation n’a pas été facile à obtenir et mérite d’être d’autant plus précieusement préservée.
On assiste actuellement à une nouvelle vague de révolution scientifique et technologique ainsi qu’à une transformation industrielle. Tout en consolidant et approfondissant la coopération traditionnelle avec l’Europe dans les domaines du commerce, de l’investissement, de la culture, de l’éducation ou encore du tourisme, la Chine est également disposée à élargir activement la coopération dans les domaines émergents tels que l’intelligence artificielle, l’économie numérique ou le développement vert. Elle est prête, en outre, à promouvoir une articulation efficace entre l’initiative « la Ceinture et la Route » et le programme européen Global Gateway, afin que davantage de fruits de la coopération profitent aux peuples des deux parties et au monde entier.
La coopération économique et commerciale entre la Chine et l’UE est vaste en volume comme en domaines concernés ; il est donc inévitable que surgissent certaines divergences et frictions. L’essentiel est de mettre en œuvre les importants consensus atteints par les dirigeants des deux parties, et de résoudre ces divergences de manière appropriée par le dialogue et la consultation.
La Chine s’oppose à la politisation et à l’abus de la notion de la sécurité quant aux questions économiques et commerciales. Et elle est contre le protectionnisme. Elle souhaite que l’UE avance dans la même direction qu’elle, en réglant par le dialogue et la consultation les problèmes existant dans la coopération économique et commerciale, afin de créer un environnement commercial équitable, juste et non discriminatoire, propice à la coopération pragmatique entre les deux parties.
Défendre ensemble le multilatéralisme
Au niveau mondial, la Chine et l’UE doivent conjointement mettre en pratique le multilatéralisme et promouvoir l’établissement d’un ordre international plus juste et plus raisonnable.
Le Président chinois Xi Jinping a récemment proposé l’Initiative pour la gouvernance mondiale, dont l’essence repose sur l’égalité souveraine, le respect de l’état de droit international, la pratique du multilatéralisme, une approche centrée sur l’humain et l’accent mis sur l’action concrète. Il s’agit d’un nouveau bien public important offert par la Chine au monde, après l’Initiative pour le développement mondial, l’Initiative pour la sécurité mondiale et l’Initiative pour la civilisation mondiale. Répondant aux attentes de la communauté internationale, cette initiative a rapidement reçu le soutien explicite de plus de 140 pays et organisations internationales.
Les quatre grandes initiatives mondiales proposées par la Chine ont chacune leurs priorités mais se renforcent mutuellement. Elles apporteront la sagesse et les solutions chinoises à la résolution des divers problèmes et défis auxquels le monde est confronté aujourd’hui, et favoriseront l’évolution de l’ordre et du système internationaux vers davantage de justice et d’équité. L’objectif des quatre initiatives mondiales n’est pas de renverser et de reconstruire entièrement l’ordre et le système internationaux existants, mais d’en promouvoir la réforme et le perfectionnement.
Afin de mieux faire jouer le rôle de l’OMC et de préserver un environnement commercial ouvert et inclusif, la Chine a annoncé que, tout en maintenant son statut de pays en développement, elle ne chercherait pas à obtenir de nouveaux traitements spéciaux et différenciés dans les négociations actuelles et futures de l’OMC. Il s’agit là d’un vote de confiance concret en faveur du système commercial multilatéral. Pour renforcer la confiance dans la gouvernance climatique mondiale, la Chine a récemment présenté une nouvelle série de contributions déterminées au niveau national, couvrant l’ensemble de l’économie et toutes les émissions de gaz à effet de serre, et a pour la première fois fixé un objectif absolu de réduction des émissions, démontrant ainsi sa détermination ferme et ses efforts les plus importants dans la lutte contre le changement climatique.
Le multilatéralisme constitue le consensus le plus solide entre la Chine et l’UE. La Chine est prête à travailler main dans la main avec l’Union européenne pour défendre le système international centré sur les Nations Unies, soutenir la réforme et le développement de l’OMC, maintenir la communication sur les questions internationales et régionales telles que la crise ukrainienne ou le conflit entre la Palestine et Israël, et faire face ensemble aux défis mondiaux tels que le changement climatique. Elle entend promouvoir un monde multipolaire qui soit égal et ordonné, ainsi qu’une mondialisation économique ouverte et inclusive, afin de contribuer à la paix et au développement mondiaux et de favoriser la construction d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité.
Injecter ensemble stabilitié et prévisibilité dans le monde
Enfin, nous sommes convaincus que la Chine et l’UE, en tant que grandes économies mondiales, verront leur propre développement non seulement offrir de nouvelles opportunités à leur coopération bilatérale, mais aussi apporter davantage de stabilité et de prévisibilité au monde. La quatrième session plénière du XXᵉ Comité central du PCC a récemment approuvé les Recommandations pour l’élaboration du XVePlan quinquennal, qui trace la feuille de route du développement économique et social de la Chine pour les cinq années à venir. Durant cette période, la Chine approfondira encore davantage la réforme dans tous les domaines, poursuivra résolument une ouverture de haut niveau, s’efforcera de réaliser un perfectionnement qualitatif effectif et une croissance quantitative rationnelle de son économie, encouragera le développement de l’être humain dans tous les aspects et la prospérité commune de toute la population, ouvrant ainsi un espace plus vaste pour la coopération entre la Chine et tous les pays du monde, y compris les pays européens.
La Chine a récemment annoncé la prolongation jusqu’à fin 2026 de sa politique d’exemption unilatérale de visa pour 45 pays ; à ce jour, 25 États membres de l’UE en bénéficient. Nous constatons que l’Union européenne s’efforce de promouvoir les transitions verte et numérique et de renforcer sa compétitivité. Nous nous en réjouissons et espérons que ce nouveau développement de l’UE apportera, lui aussi, de nouvelles opportunités à la coopération Chine-UE et à la prospérité du monde.
*CAI RUN est ambassadeur de Chine auprès de l’Union européenne