Chine-France

L'ambassadeur de Chine en France : « Atténuer les risques à l'égard de la Chine, c'est atténuer la coopération et les opportunités. »
By YUAN YUAN* | Dialogue Chine-France | Updated: 2024-06-11 14:40:00

L’année 2024 marque le 60e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France, et le 20e anniversaire de l’établissement d’un partenariat stratégique global entre les deux pays. Récemment, l’ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye, a accepté une interview écrite avec le journal International Finance News durant laquelle il a notamment abordé les relations Chine-Union européenne (UE) et Chine-France. Lu Shaye a déclaré que la Chine et la France travaillaient main dans la main depuis 60 ans, disant qu’en tant qu’économies importantes dans le monde, les deux parties avaient coopéré dans un esprit gagnant-gagnant et réalisé de grands progrès dans l’économie, le commerce, et la culture. Les relations entre les deux pays sont depuis longtemps au premier plan des relations entre la Chine et les pays occidentaux. 

Maintenir la dynamique de développement des relations Chine-France  

Lu Shaye est ambassadeur de Chine en France depuis cinq ans. Selon lui, au cours des cinq années écoulées depuis qu’il a été envoyé en France en tant qu’ambassadeur, les relations sino-françaises ont maintenu une dynamique de développement positive et constante. Elles jouent un rôle de premier plan dans les relations Chine-UE et donnent une impulsion au maintien de la paix et de la stabilité dans le monde et fournissent des réponses aux défis mondiaux. 

« Cette année marque le 60e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Quelle que soit l’évolution de la situation internationale, la tradition diplomatique d’indépendance de la Chine et de la France ainsi que la nature de la coopération mutuellement bénéfique et gagnant-gagnant n’ont pas changé, et les deux parties ont toujours en commun la poursuite de l’équité, de la justice et du développement pacifique. » 

En mai de cette année, le président chinois Xi Jinping a effectué sa troisième visite d’État en France. Le « temps français » de la diplomatie de chefs d’État a attiré l’attention du monde entier. 

Lu Shaye a souligné que lors de la visite du président Xi Jinping, les deux chefs d’État avaient eu de longs échanges extrêmement profonds et mené des entretiens approfondis de nature stratégique sur des questions majeures et urgentes allant de l’Orient à l’Occident, ainsi que sur l’histoire et l’actualité présente. Les deux parties ont publié quatre déclarations conjointes sur la situation au Moyen-Orient, l’intelligence artificielle et la gouvernance mondiale, la biodiversité et les océans, ainsi que sur les échanges et la coopération dans le secteur agricole, et signé une vingtaine d’accords de coopération, démontrant une fois de plus le profond héritage, la vitalité et la valeur unique des relations Chine-France. 

Lu Shaye a déclaré que la Chine et la France pouvaient changer le monde ensemble, ce qui a été vérifié à plusieurs reprises au cours de ces 60 dernières années. 

Se tournant vers l’avenir, Lu Shaye a estimé que les deux pays devaient se concentrer sur l’élimination des interférences, bâtir une relation sino-française caractérisée par la confiance mutuelle, la stabilité, l’intégrité, l’innovation et la responsabilité dans la nouvelle ère, et répondre aux facteurs d’incertitudes dans le monde par la stabilité stratégique et le caractère prospectif des relations sino-françaises. Les deux parties disposent de perspectives brillantes en termes d’exploitation du potentiel de coopération mutuellement bénéfique et d’accélération des échanges culturels et entre les peuples pour se rapprocher l’une de l’autre.  

« Nous approfondirons la coopération dans les domaines traditionnels avantageux tels que l’aérospatiale et l’aviation ; nous renforcerons la coopération dans les domaines de l’énergie nucléaire, de l’innovation et de la finance ; nous élargirons la coopération dans les domaines émergents tels que l’énergie verte, la fabrication intelligente, la biomédecine et l’intelligence artificielle ; et nous promouvrons le mécanisme “De la ferme française à la table chinoise pour obtenir des résultats plus importants. Nous donnerons ainsi un exemple de renforcement mutuel et de progrès communs entre pays aux civilisations différentes, aux systèmes différents et aux stades de développement différents. Pour répondre aux défis mondiaux, la partie chinoise est disposée à approfondir la coopération avec la France dans des domaines tels que le changement climatique et la biodiversité, à renforcer le dialogue dans des domaines tels que la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle et la réforme du système financier international, à prévenir conjointement la “nouvelle guerre froide et la confrontation des blocs, et à promouvoir un monde multipolaire équitable et ordonné », a déclaré Lu Shaye. 

La coopération Chine-France repose sur le gagnant-gagnant 

La situation économique mondiale actuelle est complexe et volatile. En matière de coopération sino-française, les intérêts communs sont nombreux et l’espace de coopération, vaste, mais cette coopération est également confrontée à de nombreux défis. 

À cet égard, Lu Shaye estime qu’il faut reconnaître que l’essence de la coopération sino-française est constituée d’avantages complémentaires et de bénéfices mutuels. 

« Au cours des 60 années qui se sont écoulées depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France, le volume des échanges commerciaux bilatéraux a été multiplié par 800 et la Chine est devenue le plus grand partenaire commercial de la France en dehors de l’UE. Les économies des deux pays ont noué une forte relation symbiotique et d’interdépendance. » 

En réponse aux récentes mesures correctives commerciales multiples de l’UE à l’encontre la Chine et à la thèse de la « surcapacité de la Chine », Lu Shaye estime que les frictions économiques et commerciales entre la Chine et la France, ainsi qu’entre la Chine et l’UE, sont en fin de compte des questions de compétitivité industrielle. 

« La prétendue “surcapacité” est totalement un faux problème. Si les États-Unis et l’UE fermaient leurs marchés à la Chine, la capacité de production de la Chine serait alors “excédentaire. Si la concurrence est ouverte, la capacité de production dans les industries vertes de la Chine ne sera non seulement plus excédentaire, mais elle sera aussi insuffisante. Si les États-Unis et l’UE veulent atteindre les objectifs en matière de décarbonation et de transition énergétique fixés lors de la COP28, il leur sera impossible de le faire sans la capacité de production de la Chine. Si les produits d’un pays manquent de compétitivité sur le marché, ce pays doit se poser lui-même des questions au lieu de rejeter la faute sur autrui, voire recourir à des procédés qui ne répondent pas aux lois du marché sous couvert de “concurrence loyale”. C’est là la véritable “concurrence déloyale”. Nous pensons que la Chine et la France doivent s’opposer ensemble à ce que les questions économiques et commerciales soient politisées, abordées sous le prisme idéologique ou traitées avec un usage abusif de la notion de sécurité. Le règlement des frictions commerciales doit se faire dans le cadre commercial ; les deux parties doivent gérer correctement les différends économiques et commerciaux par la consultation et prendre en compte les préoccupations légitimes de l’autre », a déclaré Lu Shaye. 

Lu Shaye a également souligné que l’ouverture au monde extérieur était la politique nationale fondamentale de la Chine et que la porte de la Chine sur l’extérieur ne ferait que s’ouvrir plus largement. Le gouvernement chinois s’est toujours engagé à promouvoir une ouverture de haut niveau sur le monde extérieur, à s’aligner de manière proactive sur les règles économiques et commerciales internationales de haut niveau et à élargir progressivement son ouverture institutionnelle. 

« L’économie chinoise est actuellement profondément intégrée à l’économie mondiale et elle promeut un développement de haute qualité en se concentrant sur l’accélération du développement de nouvelles forces productives de qualité. Cela offrira un marché plus large à la France et au monde entier, et apportera davantage d’opportunités en termes de coopération gagnant-gagnant. Par ailleurs, la France doit assumer sa responsabilité en matière de respect des normes commerciales internationales, s’opposer aux pratiques protectionnistes, jouer un rôle actif et constructif au sein de l’UE, et embrasser la coopération économique et commerciale pragmatique avec la Chine avec une attitude ouverte », a déclaré Lu Shaye.  

Lu Shaye a souligné que la Chine et la France partageaient des intérêts communs vastes et un espace de coopération immense dans les domaines de la transition verte et numérique. Actuellement, la Chine développe de nouvelles forces productives de qualité dans le cadre de sa transition numérique et verte, tandis que la France promeut une « réindustrialisation » reposant sur l’innovation verte. Les deux pays peuvent devenir des partenaires clés dans la coopération économique et commerciale, des partenaires prioritaires dans la coopération scientifique et technologique, et des partenaires de confiance dans la coopération en matière de chaînes de production et d’approvisionnement. La Chine a entièrement libéralisé l’accès au secteur manufacturier et accélérera l’accès au marché dans les secteurs des télécommunications, de la médecine et d’autres services. Elle accueillera davantage d’entreprises françaises souhaitant investir en Chine. Par ailleurs, sur la base du principe de réciprocité, la Chine souhaite que la France prête attention aux préoccupations légitimes et raisonnables de la Chine et offre aux entreprises chinoises un environnement commercial ouvert, équitable et non discriminatoire, et leur fournisse des anticipations stables en termes de développement. 

La coopération Chine-UE offre d’énormes opportunités 

La France est un pays membre important de l’UE. Elle a été la première destination de visite à l’étranger du plus haut dirigeant chinois en 2024. Cela reflète dans une certaine mesure l’importance de la France et de l’UE dans le travail diplomatique de la Chine. 

Cependant, depuis un certain temps, l’UE parle incessamment d’« atténuation des risques » et de « réduction de la dépendance » vis-à-vis de la Chine. À cet égard, Lu Shaye a souligné qu’il fallait d’abord clarifier qui était le créateur de risques. Depuis longtemps, ce sont les États-Unis qui perturbent l’ordre économique mondial et font peser de graves risques sur la paix, la stabilité et la prospérité du monde, et non la Chine. 

« La division industrielle internationale et l’intégration profonde des intérêts de toutes les parties sont des lois et des tendances objectives. La Chine a acquis une position de leader mondial dans un nombre croissant de domaines industriels. La coopération avec la Chine génère des opportunités énormes, et ne présente pas de risques. Inciter à une “désinisation” sous couvert d’une “atténuation des risques” constitue le plus grand risque. La guerre commerciale menée par les États-Unis contre la Chine a prouvé que le recours abusif à la notion de sécurité revenait à s’autoconsoler, à se voiler la face, à se limiter et à rechercher des problèmes là où il n’y en a pas. L’introduction fréquente de mesures protectionnistes ne contribuera pas à améliorer sa propre compétitivité, mais limitera ses propres avancées technologiques et nuira au pouvoir d’achat de sa propre population. “Atténuer les risques”, c’est atténuer la coopération et atténuer les opportunités. […] En entraînant leurs alliés pour contenir le développement de la Chine, les États-Unis ne leur apporteront aucun bénéfice. Cela permettra seulement de sacrifier les intérêts de leurs alliés pour maintenir leur position hégémonique. » 

Lu Shaye a déclaré que l’UE promeut actuellement la « réindustrialisation » basée sur l’innovation verte. La France sera le pays invité d’honneur à la Foire internationale du commerce des services de Chine 2024 et à la 7e Exposition internationale d’importation de la Chine. Il existe un énorme espace de coopération entre la Chine et la France ainsi qu’entre la Chine et l’UE en matière de transition verte et numérique. Les deux parties ont la capacité et la responsabilité de gérer correctement les différends économiques et commerciaux par le dialogue et la consultation, de répondre aux préoccupations légitimes de chacune, d’explorer de nouveaux pôles de croissance pour leur développement respectif par la coopération, et de promouvoir conjointement une mondialisation économique inclusive. 

*YUAN YUAN est journaliste à International Finance News. 

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